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Marcel Pagnol : « Mon cher Jules, il faut que tu sois bougrement fâché avec moi pour ne pas répondre à une lettre injurieuse qui n’avait d’autre but que de commencer une dispute… »

Philippe Caubère et Michel Galabru partagent actuellement la scène du théâtre Marigny et présentent des échanges épistolaires entre Marcel Pagnol et Jules Raimu. « Jules et Marcel » relate à travers la lecture de lettres, l’amitié de deux hommes, monuments du paysage culturel français de l’entre deux guerres. L’histoire se passe entre 1929, année de la rencontre des deux comparses et 1946, année de la mort du comédien. La pièce se concentre principalement sur l’élaboration de l’adaptation cinématographique de la trilogie marseillaise de Pagnol, Marius, Fanny et César. Le choix de Raimu dans le rôle principal a fait l’objet de débats enflammés, retranscrits subtilement sur scène.

Galabru campe Raimu avec son talent habituel et Caubère incarne un Marcel Pagnol calme qui tempère les humeurs de son ami, avec malice et humour. On se délecte alors de ces échanges dont le seul mouvement des mots nous transporte dans une France d’antan, aux accents de Provence. La douceur à l’huile d’olive de Pagnol apaise les foudres pimentés de l’ogre Raimu. Galabru dévore le texte avec délectation et semble découvrir la correspondance en même temps que le spectateur. Alors qu’il a lui-même interprété le rôle principal dans la femme du boulanger, il était le seul à pouvoir incarner et s’approprier le personnage de Jules Raimu. Caubère, quant à lui, est porté par une fière humilité et, à l’instar de Pagnol, témoigne d’une profonde estime pour son compagnon de jeu.

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La dispute : preuve d’amitié et de respect
La mise en scène est remplacée par une mise en espace. Curieusement c’est le narrateur, interprété par Emmanuelle Galabru, fille de l’acteur, qui se permet le plus de mouvements scéniques. Avec un jeu à la fois sobre et subtil, la jeune comédienne, sans interférer entre les deux complices, nous permet de suivre le fil de leurs échanges tendres et haut en couleurs. L’amitié transpire des lignes lues avec entrain par les deux comédiens. L’atmosphère marseillaise est retranscrite très simplement, l’accent du sud remplaçant le chant des cigales. La narration est fluide et apporte une légèreté aux joutes verbales des comédiens.

Jules et Marcel qui se vouait un profond respect et une amitié certaine, n’hésitait pas à se disputer. C’est d’ailleurs dans la dispute qu’il se retrouvait le mieux, trouvant chez l’autre le parfait contrepoint. La partition prend fin à la disparition d’un des musiciens, le spectateur prenant lui-même la mesure de la tragédie quand l’émotion le parcourt et raisonne dans un silence assourdissant. On reste triste de laisser Marcel et Jules, Michel et Philippe tout en méditant la pensée provençale : « Quand un sudiste se fâche avec un autre sudiste, c’est une preuve d’estime… ».

Publié par Benjamin Goldenberg et Clémence Dillange

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JULES ET MARCEL
Avec : Michel Galabru et Philippe Caubère
Emmanuelle Galabru et Jean-Pierre Bernard
Adaptation : Pierre Tré-Hardy
Mise en espace : Jean-Pierre Bernard
Jusqu’au 31 décembre 2010
Du mardi au samedi à 19h, dimanche à 17h

Théâtre Marigny
Carré Marigny, 75008 Paris
Réservations : 01 53 96 70 30
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