Théâtrorama

Viscéralement habité par son personnage auquel il se donne corps et âme, Maxime d’Aboville propose du chef-d’œuvre de Bernanos une adaptation tout à fait remarquable. Le public est suspendu à ses lèvres et l’écoute presque religieusement. Une vraie performance qui lui a valu une nomination aux Molière.

Agé d’à peine un peu plus de 30 ans, Maxime d’Aboville a déjà étonné et détonné dans le monde du théâtre. Deux nominations aux Molière ont couronné ce comédien dont les performances scéniques sont de celles que l’on n’oublie pas. Ceux qui l’auront vu dans « Henri IV » se souviennent largement autant de lui en Prince de Condé que de Balmer pourtant grandiose dans le rôle titre. Une vraie voix que l’on identifie rapidement constitue un de ses atouts. Sa puissance de jeu fait le reste. Et son audace aussi…
Car il en faut, de l’audace, pour se mesurer à un texte aussi riche que celui du « Journal d’un curé de campagne » de Bernanos. L’ouvrage, qui a marqué des générations de lecteurs de tous âges depuis sa parution en 1936, décrit l’arrivée d’un jeune prêtre dans une paroisse du nord de la France, ses expériences avec la population locale et sa mort à la suite d’une hémorragie digestive. Son parcours le mènera à sonder, par amour de son prochain, « l’état intérieur des âmes » avec la conscience que la destinée des prêtres est « une destinée de souffrance et d’échec temporel » et leur vie « une perpétuelle agonie ».

Une diction parfaite
De ce texte sublime, parfois très émouvant, Maxime d’Aboville, seul en scène dans un décor d’une totale épure, a réussi à tirer toute la quintessence, toute l’oralité qui ne résonne pourtant pas comme un pléonasme de prime abord. Sans appuyer le trait sur la composante tragique du propos, il va même réussir à provoquer quelques rires dans la salle par un ton parfois léger, voire badin, contrebalançant ainsi l’austérité de la soutane. Un joli contrepoint qui épargne le spectateur de tout pathos et confère à ce prêtre une superbe humanité. Avec une diction parfaite où chaque mot, chaque silence, chaque liaison aussi (si souvent maltraitées, les liaisons…) sont pesés, le comédien nous fascine, nous envoûte, nous transperce. Le public, au milieu duquel quelques hommes d’église, affiche un delta très large dans les âges. Quand du théâtre de cette qualité s’avère aussi fédérateur, on se doit de le saluer. Il faut courir voir ce spectacle qui s’achève très bientôt.

[note_box]Journal d’un cure de campagne
De Georges Bernanos
Adapté et interprété par Maxime d’Aboville[/note_box]

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  1. En allant voir Le journée de campagne, je me demandais comment un jeune de 30 ans pouvait faire ressortir toutes les interrogations, les angoisses, le désespoir profond, la profondeur spirituelle de ce curé de campagne de 1936 si bien décrit par Bernanos. Je n’ai pas été déçu. J’ai littéralement bu ce dialogue entre le curé qui espère malgré tout et son médecin qui aimerait tant espérer au moment où il sait qu’il est condamné par son cancer. Bravo, Maxime, de nous faire vivre cela aujourd’hui. Je pense que je vais y retourner tellement ce moment a été intense pour moi grâce à son interprétation si sobre et si respectueuse du texte, si intense.

    xavier mersch / Répondre

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