Théâtrorama

Deux sœurs sous l’Occupation

«Nous sommes comme deux vieilles filles, Flora et moi, dans notre lit, à écrire fébrilement sur nos carnets qu’il ne se passe rien dans nos vies »… Flora est la blonde, mutine, coquette et fleur bleue. Benoîte, la brune intellectuelle, « forte en thème, mais faible en vie ». Chacune dans leurs chambres, deux jeunes filles, de quinze et dix-neuf ans, se parlent par journal interposé.

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Retour vers le passé : nous sommes en mai 1940. Pour les jouvencelles du 7e arrondissement de Paris, le quotidien est encore épargné. Courses, déjeuners, dissertations sur l’art avec quelques amis… Mais bientôt la « guerre devient sérieuse ». Benoîte écrit : « On parle de nous expédier à Concarneau comme des plantes fragiles qu’on met dans une serre à l’abri des bottes ». Entre iode et varech, les deux sœurs poursuivent, depuis la Bretagne, leurs considérations sur leurs premiers flirts, la découverte de la sexualité, l’amitié, la situation politique de cette « drôle de guerre… » Une légèreté mêlée de gravité.

Au fil des ans et des pages, la couleur du temps change. Les heures noires de la France occupée s’égrènent : froid, faim, rafles, morts, répression… Dans les mauvais jours, les jeunes filles mûrissent, le confort s’estompe, les amours se concrétisent. Benoîte se marie. Flora se sent destinée à « vivre Castor sans Pollux »… Puis vient la Libération et sa joyeuse vitalité. Le monde a changé. Benoîte et Flora sont devenues des femmes. Mais l’amour qui les lie, lui, est resté, immuable…

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La petite et la grande histoire
Quel savoureux moment de théâtre ! Le récit de ces jeunes filles insouciantes, mais éclairées, fait revivre une page d’histoire, presqu’aussi bien que le ferait une encyclopédie. L’histoire avec un grand « H », mais également l’histoire de la femme (le port du pantalon mal vu, les débuts de la liberté sexuelle, l’avortement…) et le témoignage de la vie quotidienne d’une époque. Lisa Schuster a su adapter talentueusement le journal des sœurs Groult, écrit dans les années 1960. Les confidences de Flora, la sucrée, et de Benoîte, la salée, résonnent avec force et espièglerie sur scène.

Pas facile avec un texte aussi simple et un décor unique et minimaliste de capter l’attention du public. Mais Lisa Schuster – toujours – se montre une pétillante Flora, tandis que le talent d’Aude Briant (Molière des révélations théâtrales 2009) éclate dans le rôle de la brune rugueuse. Les deux comédiennes portent magistralement ce condensé de cinq ans de vie.
« Tout amour est une négociation sinon un combat ; toute amitié a des exigences, des hauts et des bas ; l’amour fraternel est une mer étale et je n’imagine pas de tempête qui puisse soulever cette mer là », écrit Benoîte à sa sœur. Comme deux volleyeuses, les jeunes femmes se renvoient avec tendresse et humour leurs différences et leur immense complicité. Des sentiments tendres qui touchent au plus profond de l’âme.

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Journal à quatre mains
De Benoîte et Flora Groult
Adaptation de Lisa Schuster
Avec Lisa Schuster et Aude Briant
Mise en scène de Panchika Velez, assisté d’Aurélien Chaussade
Scénographie de Claude Plet
Lumière de Pierre Jauze
Costumes de Marie-Christine Franc
Son de Michel Winogradoff
Jusqu’au 28 juin
Du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 15h30

Au Théâtre de Poche
75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris
Réservations : 01 45 48 92 97
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