Théâtrorama

Victor Haïm met en scène son texte avec la volonté d’une certaine simplicité. Il a déjà fait diriger plusieurs de ses pièces en Belgique et en Suisse mais reste avant tout auteur. Ses notes de mise en scène laissent penser qu’il mettra l’accent sur le sens. Comment l’auteur/metteur en scène nous représentera-t-il un personnage de même fonction? Quel parti prendra-t-il dans un débat sur la priorité entre le corps et le texte?

Car c’est effectivement le propos central de la pièce ou nous assistons à une première répétition. La comédienne est seule avec la metteur en scène/auteur, toutes deux sont des monstres de réussite dans leur domaine. On attend le clash qui ne manque pas d’arriver après quelques flatteries de retrouvailles. La comédienne aime parler simple et franc, elle n’est pas particulièrement engagée politiquement, l’auteure quant à elle est son opposé, elle fait de belles phrases incompréhensibles si bien qu’il n’est pas impossible que les spectateurs ne comprennent jamais sa pièce, elle a des opinions politiques très tranchées et pense que le théâtre se doit d’être politisé. Ouvrez le débat! Restera-t-il une place pour la répétition?

Deux représentations du théâtre et de la vie
Le texte est fin et le débat toujours juste, faut-il divertir ou éduquer? Que vient voir le spectateur au théâtre? En l’occurrence un texte exigent et qui laisse imaginer que peut-être la vérité est quelque part entre les deux. Le décor est efficace sur la scène de théâtre deux chaises, une table et au fond un amas de tables, escabeau, piano, etc. Le parti pris de mettre l’accent sur le jeu et non sur le mouvement est assez évident. Les comédiennes ont un jeu précis qui met en valeur le texte et rend à la situation son aspect critique et grotesque.

Peu à peu on découvre que les deux femmes sont d’anciennes amantes, la comédienne étant, par la suite, retournée vers les hommes. De nombreuses questions sont posées mais avant tout celle de la lutte entre le corps et le texte. Entre le concret et l’expression de pensées plus abstraites, le désir venant naviguer entre les deux, désir-fantasme contre désir-instinctif. L’espace n’est de fait pas suffisamment exploité, ce qui limite les comédiennes et ne permet pas une explosion des sens. Elles se retrouvent, malgré une palette très riche, enfermées dans un type de jeu et des tics de représentations comme celui de mettre les mains dans leurs poches. Si les nuances passent dans la voix et l’interprétation, il manque un peu de corps à leur passion mutuelle, fût-elle ancienne.

L’utilisation de rond de lumière pour les a parte est amusante sur le début mais devient pesante. Les costumes sont choisis pour les personnages et collent tout à fait. Celui de la comédienne est sensuel, un peu vulgaire mais tout à fait correct tandis que celui metteur en scène est chic et sobre, ce qui convient à son snobisme élitiste. La complicité entre les deux interprètes est palpable, particulièrement vers la fin de la pièce où l’émotion monte. Il est très amusant de voir deux femmes se manipuler mutuellement par leur attirance et leur travail. La metteur en scène annonce d’entrée de jeu que le désir est au centre de son œuvre et la comédienne entre dans la danse. Un très beau texte, joué avec talent mais qui mériterait de sortir de son carcan propret pour s’élargir et nous transmettre un peu de sueur et de passion.

Jeux de scène
Texte et mise en scène deVictor Haim
Avec Katherine Mary et Valérie Zarrouk
A partir du 10 septembre
Du mercredi au samedi à 21h, le dimanche à 17h

Théâtre du Ranelagh
5 rue des vignes, 75016 Paris
site web
Réservations: 01 42 88 64 44

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