Théâtrorama

Avec Robert Lepage, rien ne semble impossible. Quand il dit à son scénographe « Fais-moi un bar à Las Vegas et ensuite le désert ! », le scénographe (ici Jean Hazel) fait ! C’est simple. Dans son exploration d’un théâtre – monde, le metteur en scène québécois signe avec « Jeu de cartes 1: Pique » le premier opus d’une tétralogie qui se déclinera autour des figures du jeu de cartes avec des symboliques différentes: Pique, Cœur, Carreau et Trèfle. Ce premier volet tourne autour de la guerre dans tous ses états, celle que l’on fait aux autres et celle que l’on se fait à soi-même.

Chaque création de Robert Lepage, commence d’abord par des improvisations avec les acteurs et les techniciens du spectacle et par un travail sur l’espace scénique. De « Vinci à « La trilogie des dragons », en passant par « La face cachée de la lune », partant de la surface plane du plateau, Lepage bouleverse les standards de l’écriture scénique pour nous faire traverser la planète, nous emmener dans les étoiles ou dans la cuisine d’une maison québécoise.

Las Vegas, la capitale du clinquant, du jeu et des rencontres improbables est au centre de ce premier volet. Lieu de passage, ville – oasis dans un État- désert, elle contient toutes les représentations du monde. On va à la piscine, au cabaret, et surtout on vient y jouer souvent jusqu’à son dernier centime. On y fait des affaires et on peut même être marié par « Elvis Presley » pour 25 $. Nous sommes au début de la seconde guerre du Golfe et en plein désert un faux village irakien sert de lieu d’entraînement à des militaires du monde entier, avant leur départ. Dans les sous-sols tout un monde de femmes de ménage –souvent des clandestins latinos- de personnel d’hôtel permet à chacun de vivre son rêve sans se poser de questions.

Une virtuosité machiavélique
Lepage a dressé une scène circulaire qui en s’ouvrant, en tournant ou en se refermant est une machine d’une virtuosité machiavélique. Chaque déplacement, chaque changement de décor est réglé au quart de seconde par une équipe de techniciens qui, sous la scène, font surgir une chambre ou la piscine d’un hôtel de luxe, le désert du Nevada, un casino ou une salle pour une thérapie de groupe. À l’extérieur, le cercle qui tourne représente l’univers, à l’intérieur, le carré est une représentation de l’architecture humaine. Au-dessus du cercle, l’action s’inscrit dans une sphère qui permet alors la verticalité soulignant la tension entre l’homme et l’univers.

Le théâtre de Lepage rejoint souvent l’univers du cinéma et ici, le traitement de la fable fait souvent penser aux films de Robert Altman. Pourtant malgré la prouesse technique que représente un tel spectacle, malgré l’intelligence de la réflexion autour de la symbolique des cartes auxquelles s’attachent des structures mathématiques, mais aussi des archétypes mythiques ou numérologiques, on ne retrouve pas la poésie et l’émotion des spectacles précédents de Lepage.

Malgré des moments magiques comme la tornade dans le désert à la toute fin du spectacle, la technologie absorbe la plus grande partie des énergies, les acteurs, au demeurant excellents, semblent emprisonnés dans les chausse-trapes d’une machinerie omniprésente. Tout cela nous rend nostalgiques de cette autre représentation du monde imaginée par Lepage dans « La trilogie des dragons »: une simple guirlande lumineuse posée dans le sable d’un jardin zen qui nous avait fait marcher dans les étoiles.

[note_box]Jeu de cartes 1 : pique
De Ex Machina (Écriture collective)
Mise en scène : Robert LEPAGE
Scénographie : Jean HAZEL
Avec Sylvio Arriola, Nuria Garcia, Tony Guilfoyle, Martin Haberstroh, Sophie Martin, Roberto Mori
Crédit photo: Erick Labbé[/note_box]

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