Théâtrorama

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Dans cette mise en scène singulière, Marie Payen revient avec une désarmante simplicité à ce qui fait l’essence du théâtre : le besoin de récit. La comédienne prend ce besoin à bras le corps et nous en offre une vision à la fois âpre et douce. Elle nous entraine dans un beau voyage improvisé qui tourne autour d’un noyau de sens qui n’existe pas. Grâce à ce spectacle, on repartira avec l’idée qu’il n’est nul besoin d’une explication toute faite pour vivre dans ce monde. Seul le récit nous porte, nous fait et nous défait.

Marie Payen nous parle. Elle s’adresse à nous et c’est déjà sensible et touchant. Son texte, elle l’inventera devant nous. C’est le récit qu’elle porte en elle qui naitra, vivra et mourra devant nous. Ce n’est pas elle qui donnera des ordres au texte pour délivrer une vision du monde.

La différence est de taille. Elle est même vertigineuse. Il y a une mise en scène oui, il y a ce qui fait le théâtre, il y a la scénographie, il y a le costume oui, il y a les masques et les faux nez qui jonchent le sol, attendant de rencontrer – peut-être – la comédienne. Mais le théâtre, les costumes, les masques reprennent ici leur véritable rôle, celui d’habiller pour nous les rendre lisibles et acceptables les manifestations de nos mystères intimes. Le jeu est remis en son centre, et Marie Payen se fait passeuse de ce qui nous traverse tous. Ainsi, en rendant si bien compte de la nature décousue et chaotique de nos pensées, elle fait lien avec tous les récits qui ont cours en même temps dans la tête de chaque spectateur.

L’enfant en soi
Marie Payen passe à travers tous les âges de la vie, elle se fait vieille dame, bébé, mamie, papa. Elle se laisse faire par ses pensées, elle se laisse emberlificoter par les bandes magnétiques qui encombrent le plateau. Des images, beaucoup d’images, des souvenirs pris par d’autres ou pris par soi-même. Mais qu’est-ce donc que ce « soi-même », quelle part la volonté prend-elle dans la construction de nos monologues intérieurs, quels bizarres ancêtres parlent en nous, font trois petits tours et puis s’en vont ? Quels humains viendront après nous et qui sont peut-être déjà là ? Pourquoi ?

La comédienne se contente de poser la question. C’est la seule chose peut-être que nous puissions faire. Poser la question, sans attendre de réponse, sans en fournir soi-même. Surtout, surtout pas de réponse, pas d’explication, juste la joie de voir quelqu’un vivre, et donc se raconter. C’est une philosophie apaisée qui nous est donnée à entendre. On dirait une cérémonie bouddha comique, une douce comptine pour les enfants inquiets, fragiles et curieux que nous sommes restés. C’est peut-être cela la force de ce spectacle : Marie Payen agit avec nous comme une mère qui nous raconte des histoires au-dessus du berceau, qui nous amuse, qui nous fait des grimaces, qui nous rassure. On se laisse emporter par sa douce voix et sa bienveillance. On repart avec, accroché au cœur, un sentiment de mélancolie, de douceur et de vertigineuse joie de vivre.

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Ecriture et jeu : Marie Payen
Collaboration artistique : Leila Adham
Lumières : Hervé Audibert
Créé en janvier 2014 au Théâtre de Vanves
Production : Cie UN+UN+

Les 24, 25, 26 et 27 novembre et les 1er, 2, 3 et 2 décembre 2015 à La Loge

Le spectacle bénéficie du programme « 90m2 créatif » (La Loge – le Centquatre-Paris)

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