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La Double inconstance (ou presque) adapté par Jean-Michel Rabeux

Jean-Michel Rabeux revisite MarivauxRéjouissant théâtre que celui que propose Jean-Michel Rabeux. De spectacle en spectacle, il laisse s’épanouir cette vision bien à lui, faite de joies pures et de misères humaines, d’amour et de violence, de ridicules tragiques et d’éclats de rires noirs. C’est un bonheur. Un bonheur à chaque fois. Avec des vrais morceaux de malheur dedans.

C’est un Marivaux. Entouré d’une scénographie qui rappelle à la fois un Palais, une prison, une ruine, et qui évoque les faux semblants du théâtre. Le décor est en effet de carton-pâte, il est construit comme un trompe-l’œil. Fausses grandeurs, impressionnantes quand même, petites et grandes oppressions, cruauté du pouvoir, fêtes tristes… Ce décor est un écrin idéal pour accueillir le projet du spectacle. Au sein de ce décor, les personnages de Marivaux sont traités par le metteur en scène avec une bienveillance sans pitié. La cruauté s’épanouit au milieu des rires, et le texte est coupé dans ce qu’il a de faussement comique pour se concentrer sur sa noirceur.

L’amour, toujours

Jean-Michel Rabeux revisite MarivauxC’est un jeu de dupe, une joute amoureuse, une expérience humaine qui – au-delà de son projet avoué de corrompre deux jeunes amants afin de les amener à en aimer d’autres – pose des questions beaucoup plus profondes et inquiétantes sur le pouvoir, la sexualité, la domination, la fragilité humaine. C’est l’amour qui est ici la question principale, l’amour et ses moteurs : le désir, l’être aimé lui-même, la projection que l’on fait sur lui, et la mort tout au bout de la course.

Au milieu des costumes rapiécés, des perruques flashy et des déguisements bon marché, le metteur en scène réussit à dépasser le traditionnel jeu de masque propre au marivaudage pour amener peu à peu au trouble et à la gêne. Le jeu amoureux que jouent les riches pour s’amuser à manipuler des pauvres n’est pas qu’un jeu. Il finit par s’épanouir comme un amour véritable. Véritable, vraiment ? On se le demande jusqu’au bout, car cet amour « véritable » pourrait bien n’être qu’un masque en lequel on a décidé de croire. La seule vérité serait alors celle que le jeu réclame, et l’amour ne serait qu’une illusion faite pour combler un vide terrifiant. Un masque posé sur le visage de la mort.

Le fond mélancolique porté notamment par la récurrence d’un thème de Satie – Gnossienne numéro 1 -, s’épanouit comme une fleur noir à la fin du spectacle où la scénographie se met à évoquer une place d’exécution. Le jeu est fatigué, en contre-points, la messe est dite d’avance, l’amour est porté en place de Grève. Le pouvoir est fatigué de sa propre domination et les rouages tournent à vide. Seule une destruction totale de ce jeu apparaît comme la manifestation d’une pulsion de vie. Et alors l’amour ? C’est quoi ? La réponse, c’est qu’il n’y a pas de réponse. La question reste posée à chaque spectateur et elle vibre longtemps après la fin de la représentation.

 

La Double inconstance (ou presque)
De Marivaux
Adaptation ou mise en scène : Jean-Michel Rabeux
Assistanat à la mise en scène : Geoffrey Coppini, Antonin Delom
Avec Morgane Arbez, Aurélia Arto, Claude Degliame, Hugo Dillon, Roxane Kasperski, Christophe Sauger
Décor : Noémie Goudal
Lumière : Jean-Claude Fonkenel
Son : Cédric Colin
Costumes : Jean-Michel Rabeux
Crédit photos : Ronan Thenadey

Jusqu’au 25 mars Théâtre Gérard Philippe (Saint-Denis)

Tournée
Du 19 au 20 avril 2018, Théâtre des Salins, scène nationale de Martigues

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