Théâtrorama

Jaz avec un seul Z

Jaz mis en scène par Alexandre ZeffParce que les immeubles de la Cité sont mal entretenus et que les WC sont bouchés, Jaz, une jeune fille à peine sortie de l’adolescence, se fait violer en utilisant la sanisette de la place Bleu de Chine…

Parue en 1998, Jaz, pièce de Koffi Kwahulé, est devenue un classique traduit et joué dans de nombreuses langues. Sur ce fait divers, banalement quotidien, Koffi Kwahulé développe un monologue porté par le staccato d’une musique toute intérieure. Racontée dans une langue poétique et précise, vrillée par l’obsession du rythme, se déroule la vie de ce no man’s land urbain, aux lieux désignés par des noms de fleurs ou de pays exotiques qui cachent la misère. Dans ce lieu, on vit sous le regard des autres, on commente les mille et un faits du quotidien le plus trivial et de la vie des autres. Et ici Jaz est simplement Jaz.

Portée par la présence charismatique de Ludmilla Dabo, chanteuse et comédienne, mise en scène par Alexandre Zeff, la pièce devient un poème musical où la parole se fait exutoire pour tenter d’éradiquer toute la violence du monde, redessiner et se réapproprier son existence. Jaz avec un seul Z comme l’amputation du corps après le viol,un nom pour se souvenir, se réinventer afin de ne pas sombrer dans le chaos.

Jaz – un déséquilibre permanent

Sur le plateau plongé dans le noir, un saxo égrène quelques notes de jazz, une lumière bleutée, éclaire la scène d’un club de jazz. La voix profonde d’une chanteuse s’élève pour nous conter l’histoire de Jaz, de son amie Oridé et de tous ceux qui vivent dans cette cité victime de l’incurie des pouvoirs publics.

Une cage entièrement faite de lumières, un sol brillant comme le plancher aseptisé d’une sanisette, lieu du drame qui fera basculer la vie d’une jeune fille de seize ans. Le texte de Khawulé est indéniablement infléchi par les rythmes du jazz. Situer l’action dans un cabaret, faire chanter le texte sont d’une réelle justesse ; cela relève d’une option assumée du metteur en scène portée par le grand talent de l’actrice et des musiciens, avec un bémol cependant sur des choix parfois un peu démonstratifs comme la présence trop réaliste d’une cuvette de toilettes qui finit par devenir omniprésente ou une chanson militante en fin du spectacle qui casse l’émotion.

Jaz mis en scène par Alexandre Zeff

Ludmilla Dabo possède une tessiture de voix étonnante et puissante. Capable de passer des notes les plus aigües aux plus graves, elle se transforme en une fraction de seconde en femme, puis en homme, en bourreau et en victime. Les changements de vitesse du texte rythment constamment les bifurcations, les contradictions, les redites et créent un déséquilibre permanent. La musique jouée par le quartet en arrière-plan, se glisse peu à peu « en sonorités inquiétantes » dans les interstices d’une parole haletante qui s’achemine progressivement vers le silence. Au cœur de cette cité à l’avenir aussi bouché que les toilettes de ses immeubles, « belle comme un lotus », Jaz souhaitait juste vivre une vie sans histoires.

 

Jaz
De Koffi Kwahulé
Mise en scène : Alexandre Zeff
Avec : Ludmilla Dabo et le Mister Jazz Band :
Guitare : Frank Perrolle
Basse : Gilles Normand
Batterie : Louis Jeffroy
Saxophone : Arthur Des Ligneris
Scénographie / Lumière Benjamin Gabrié
Création sonore Antoine Cadou
Durée : 1h05
Crédit photos : Clara Pauthier

Jusqu’au 15 Octobre au Théâtre de l’Opprimé

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