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J’ai rêvé la Révolution – Mise en scène de Catherine Anne

J'ai rêvé la Révolution - Mise en scène : Catherine AnneDans J’ai rêvé la Révolution, sa dernière création, Catherine Anne, s’inspire librement de l’œuvre et de la fin de vie de Olympe de Gouges, née en 1748, emprisonnée et morte guillotinée pour ses idées et ses écrits le 3 novembre 1793, Place de la Révolution. Femme de lettres et militante politique convaincue, Olympe de Gouges, jusqu’au bout, restera fidèle à ses rêves et à ses convictions.

Révolution en devenir

Nous sommes en pleine Révolution, la guillotine fonctionne à tout va et l’époque est à la Terreur. Une femme entre dans une cellule, poussée par un très jeune soldat. La prisonnière veut garder avec elle de quoi écrire. Au cœur de la prison, l’extérieur tourne autour de trois personnages : un jeune soldat (Pol Tronco) qui campe sur ses certitudes et veut garder la tête froide en se préservant de ces raisonnements de « bonnes » femmes qui entament ses résolutions. Face à lui, sa mère (magnifique Luce Mouchel) qui souffre chaque jour de voir ces hommes et ces femmes condamnés à l’échafaud et qui n’en peut plus d’avoir peur pour son fils. Illettrée, mais sensible et intelligente, elle est fascinée par cette prisonnière libre et fière. Le troisième personnage est la belle-fille de la prisonnière (Morgane Real) dont le seul but est de préserver sa propre famille. Face à ces trois personnages hauts en couleurs, présentés comme autant d’archétypes d’une révolution en mouvement, Catherine Anne est une Olympe de Gouges sensible et convaincue.

Un espace dépouillé, meublé de tables et de chaises, séparé par une cloison de verre, circonscrit d’un côté la prison et de l’autre, la cuisine de la maison des gardiens. Dominant le plateau, plus de 200 chemises blanches, raides sont suspendues dans les cintres comme les témoins muets des hommes et des femmes guillotinés ou des juges des tribunaux. Cette scénographie en surplomb, composée avec grand talent par Élodie Quenouillère, accentue l’effet d’enfermement physique de la prisonnière, mais aussi les enfermements idéologiques et mentaux des autres protagonistes en proie à la peur d’un extérieur chaotique et dangereux.

La mise en scène joue sur l’intime, la promiscuité, la menace d’une mort imminente qui peut surgir n’importe quand. Rythmée par le seul son amplifié de clés qui ouvrent et ferment la porte de la cellule, dans ce lieu où la voix chuchotée, chantée, emmurée, ne peut s’échapper, la rue est un hors champ dangereux certes, mais où s’exprime aussi l’avenir d’une révolution en devenir.
Écrire reste alors, dans ce contexte, le seul véritable espace de liberté. Ici le temps se dissout et le récit avance par glissements successifs entre fiction et actualité, rêve et fantasme, souligné par une lumière qui joue entre le clair- obscur et la clarté des pleins feux.

Loin de la reconstitution historique, les choix dramaturgiques précis, soulignés par une écriture vive et tendue donnent une grande rigueur et de la clarté à la mise en scène. Dans son écriture, si Catherine Anne privilégie en partie la femme de lettres engagée et convaincue de la justesse de son combat, en racontant les derniers jours de la vie d’Olympe de Gouges, son récit glisse vers l’intime et laisse entendre aussi la voix intérieure qui raconte la peur et l’angoisse. Cependant, on regrette que son interprétation très tenue et très juste par ailleurs soit un peu monolithique et esquisse à peine cette direction pour dire les failles et les fragilités de tout un chacun face à la mort.

 

J’ai rêvé la Révolution
Éditions Actes Sud
Librement inspiré par la vie et la mort d’Olympe de Gouges
Texte & Mise en scène : Catherine Anne
Co-mise en scène : Françoise Fouquet
Avec Catherine Anne, Luce Mouchel, Morgane Réal, Pol Tronco
Dramaturgie : Pauline Noblecourt
Scénographie : Élodie Quenouillère
Création costumes : Alice Duchange
Création son : Madame Miniature assistée d’ Auréliane Pazzaglia
Création lumière : Michel Theuil assisté de Anne-Sophie Mage
Durée : 1 h 40

Jusqu’au 16 février 2018 à la Manufacture des OEillets-CDN-Théâtre des Quartiers d’Ivry

Dates de tournée
Théâtre du Sillon – Scène conventionnée à Clermont L’Hérault (34) :les 8 et 9 mars 2018
Théâtre de Privas – Scène conventionnée (07) : les 15 et 16 mars 2018
Théâtre des Halles à Avignon en lien avec la Scène nationale de Cavaillon (84) : les 3 et 4 mai 2018

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