Théâtrorama

L’œil dans les coulisses d’un grand théâtre parisien. Au milieu du capharnaüm ambiant, on s’affaire gaiment au montage de nouvelles pièces et au modelage de nouveaux personnages. S’activant aux rouages artistiques, une ribambelle d’anciens monstres sacrés et d’espoirs de Molière huilent les zygomatiques et enrayent les mécaniques. Entre erreurs de casting, quiproquos et dessous de la création, on comprendra bientôt que les scènes décisives sont souvent celles qui se jouent hors scène et bien avant le lever du rideau.

Tout est déjà là. Les étagères des bibliothèques débordent de manuels de théâtre et de textes des plus grandes comédies et tragédies classiques ; des postiches attendent patiemment de trouver leurs petites et grosses têtes ; les paravents sont ouverts pour les changements de costumes entre deux actes. Au mur, « L’Autoportrait parmi les masques » de James Ensor tient fermement les ficelles de l’art et indique le seuil vers des recoins secrets. C’est qu’un envers du décor est en pleine construction, mais il est d’emblée marqué par un temps suspendu : les aiguilles de l’horloge trônant là dans les coulisses ne bougeront pas d’un iota. L’instant sera celui, éternel, de la répétition.

Cela commence donc sans plus attendre : tous émergent à grand fracas depuis les coulisses des coulisses, pénétrant les uns après les autres dans le temps figé dévolu au seul art théâtral, dans cette antichambre privilégiée et ordinairement « interdite au public ». Et chaque personnage mérite bien un cliché à son effigie, tant les costumes endossés sont hauts en couleurs. Il y a tout d’abord Nicole, au verbiage aussi ampoulé que les chevilles, et Robert, son mari, directeur à la directive contrariée du théâtre. Entrent à leur suite un metteur sans scène un brin lubrique, son ex-femme en divine diva et son nouvel époux futur ex-sociétaire de la Comédie-Française, leur fils tombé éperdument amoureux d’une jeune première fraîchement engagée dans la compagnie, un technicien de décor… la panoplie complète et délurée d’une troupe pleine de fougue.

Le cœur sous les artifices
Le dispositif clairement exposé, se jouant de l’illusion théâtrale et convoquant les plus grands – d’Euripide à Dumas en passant par Marivaux, jusqu’aux ressorts de la comédie de boulevard – est un artifice qui en cache encore un autre. Sur scène, les comédiens multiplient les fausses entrées, s’évertuent à trouver des réglages fantaisistes à base d’alcool fort et de tenues excentriques, cherchent qui du « halo », qui de l’« aura », et reproduisent des morceaux de bravoure via des monologues désopilants dans le seul but de former un ensemble à part entière.

Car la compagnie Les 7 de la Cité forme en réalité un chœur du cœur. Si le pastiche généralisé clame haut et fort vouloir interdire l’entrée au public, c’est pour mieux renverser la tendance et faire œuvre de générosité. Depuis cinquante-huit ans, ces amateurs conçoivent entièrement la réalisation d’une pièce destinée à être présentée durant deux semaines et jouée au bénéfice d’associations caritatives ou humanitaires. Leur répertoire s’étend de Musset à Cocteau, de Molière à Anouilh, de Wilde à Pirandello… jusqu’à Jean Marsan, à l’honneur cette année.

Au fil du temps, ce sont plus de 300 comédiens et bénévoles qui se sont succédés pour prendre part à ce bel effort collectif, et qui ont ainsi parrainé et aidé des centaines d’associations aux actions et univers différents, dans les domaines de la recherche médicale, de l’éducation des enfants dans les pays en voie de développement, de l’aide à la scolarité ou encore de la solidarité internationale. Preuve que les coulisses de ces amateurs au grand cœur demeureront grandes ouvertes.

Interdit au public
De Jean Marsan, adaptation et mise en scène d’Yves Carlevaris
Scénographie et décors : Alix et Gilles Boillot
Avec les comédiens amateurs de la compagnie Les 7 de la Cité

Au théâtre de l’Asiem du 12 au 28 mars 2015, vu le 19 mars dans le cadre d’une soirée dédiée entre autres au parrainage de l’association Vaincre Anorexie & Boulimie

 

 

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