Théâtrorama

Infinita

Après Stuttgart, Berlin, Venise, Madrid et La Réunion, « Infinita », spectacle crée en 2006 par le collectif d’artistes Berlinois Familie Flöz, arrive à Paris pour la première fois.

C’est eux, mais c’est aussi nous, c’est nos proches, nos voisins, nos enfants et nos grands-parents. C’est un spectacle émouvant sur lequel on s’attarde, comme on s’attarderait en famille sur une vieille photo retrouvée au fond d’une boîte. Avec tendresse et émotion.

Des premiers balbutiements enfantins aux derniers râles de la vie, nous naviguons dans le quotidien, avec ses maladresses et ses pitreries, de l’univers d’une chambre d’enfant à celui d’une maison de retraite. Quatre comédiens d’exception interprètent tous les rôles. Ils sont clowns, acrobates, danseurs, musiciens, et surtout, ils portent masques et perruques avec légèreté et naturel. Leur norme, c’est ce langage inventé, intégralement sans paroles, qui passe par le corps, les objets, la musique et les bruits, tous envisagés comme de véritables partenaires.

Onze personnages sont disposés en miroir au fil des scènes. Tandis que les quatre vieux de la maison de retraite font tourner leur infirmière en bourrique, un trio enfantin de garçons fait face à la seule petite fille. Deux autres femmes apparaissent furtivement: la vieille dame qui emmène son mari à la maison de retraite, la violoncelliste qui ouvre et clôt le spectacle. C’est la notion même d’altérité qui est explorée: le rapport à l’autre est avant tout défini comme un jeu, empreint de plaisir et de partage, y compris avec le public.

Un processus de travail
Familie Flöz travaille collectivement la matière du plateau à travers un patchwork d’idées, de jeux, de textes, d’histoires, de photos, de scènes de cinéma, de décors bricolés rapidement… Des personnages, puis des masques se dessinent, créant un autre espace, un autre champ de liberté et d’exploration pour l’acteur. Éternel paradoxe du masque: de quelle manière un objet figé sur un visage peut-il impulser la frappante vérité du corps d’un acteur? Comment permet-il de décupler les dimensions du personnage, le dilater tout en le rendant aussi attachant et familier? Un masque « qui fonctionne » ouvre en chaque acteur et en chaque spectateur l’espace de la mémoire, de l’intime et surtout, du comique. C’est un pari réussi pour Hajo Schüler, qui fabrique les masques du collectif.

Une grande unité se dégage du plateau: décor, espace, et jeu se fondent dans un art quasi « total ». La scénographie, pensée comme un vaste jeu d’échelles, soulève l’hypothèse d’acteurs « marionnettes ». La vidéo y est utilisée à la manière d’un théâtre d’ombres. Si la vie s’écrit en photos-couleur sur le plateau, il nous est donné à voir entre chaque scène les « négatifs ». Comme l’envers du décor ou le corollaire de la vie, la mort est une fin comme une autre, l’aboutissement d’un cycle. Jamais menaçante ni oppressante, elle est simplement partie prenante du spectacle. Elle arrive à nous comme une évidence. Comme l’ultime témoin du défilé d’une vie.

[note_box]Infinita
Un spectacle du collectif Familie Flöz
Une pièce crée et interprétée par Björn Leese, Benjamin Reber, Hajo Schüler, Michael Vogel
Mise en scène: Michael Vogel, Hajo Schüler
Masques: Hajo Schüler
Décor: Michael Ottopal
Costumes: Eliseu R. Weide
Musiques originales: Dirk Schröder, Benjamin Reber
Son: Dirk Schröder
Lumières: Reinhard Hubert
Décor/ jeux d’ombres: Silke Meyer
Vidéo/animation: Andreas Dihm
Crédit photo: Simona Fossi
Durée: 1h30
À partir de 8 ans[/note_box]

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