Théâtrorama

Trois spectacles de la troupe Indianostrum Théâtre

Indianostrum, printemps indien à la CartoucherieEn 2016, Ariane Mnouchkine avait été accueillie au théâtre Indianostrum de Pondichéry, en retour, en mai et juin, elle reçoit en résidence Koumarane Valavane, metteur en scène franco-indien au Théâtre du Soleil. « La situation en Inde est extrêmement difficile pour le théâtre, précise Koumarane Valavane. D’abord, parce la culture indienne est coincée entre la tradition, qui pèse d’un poids énorme, et le théâtre occidental : il y a donc peu de place pour faire exister un théâtre indien contemporain. Ensuite, parce qu’il n’existe pas de pratique professionnelle du théâtre. L’argent est bien sûr un problème, mais l’absence de statut social pour l’artiste l’est plus encore. On travaille dans la journée et on fait du théâtre le soir, mais on n’en fait pas sa vie ; être comédien en Inde (et a fortiori comédienne) demande beaucoup de courage – vous devenez infréquentable. Un paria. Dans ce contexte très particulier, nous avons peu à peu réussi à former une troupe professionnelle et transformé une ancienne salle de cinéma de la période coloniale en un théâtre à Pondichéry »

La rencontre de Koumarane Valavane avec Ariane Mnouchkine en 2001, a été décisive et a orienté tout son travail de metteur en scène. L’occasion est rare de découvrir le théâtre indien contemporain et d’entendre la beauté de la langue tamoule, l’une des plus anciennes au monde… Le temps du printemps, la troupe pondichérienne présente trois spectacles en tamoul surtitrés en français qui interrogent sous une forme dansée et théâtrale d’une part, les mythes du Mahabharata, certaines légendes et d’autre part, les questions liées à l’identité, l’orgueil et aux guerres fratricides contemporaines.

Indianostrum, printemps indien à la Cartoucherie

Indianostrum – Terre de cendres

Elle surgit dans le halo d’une lampe torche, précédée de son rire et de son bavardage incessant. Chaque semaine elle vient nettoyer le théâtre fermé depuis cinq ans qu’elle reste la seule à encore fréquenter en dehors des fantômes, des papillons morts et d’un chat noir qui erre dans la nuit. Une photo redonne vie à la troupe qui occupait les lieux. Partant de cet argument des plus simples, Koumarane Valavane déroule l’histoire d’un génocide oublié : celui de la guerre civile qui opposa durant presqu’une décennie Cingalais et Tamouls au Sri Lanka. « Terre de cendres » est un poème qui oscille entre la légende indienne de Ellamma, mère de toutes les victimes et qui apaise les morts et l’histoire de Flora, qui, dans l’obscurité d’un camp de concentration, aide les vivants à résister à l’horreur en racontant des histoires aux enfants avec des marionnettes fabriquées à l’aide de morceaux de pain.

Du mythe au théâtre

Raconter, écouter pour ne pas oublier « ces morts entassés sur les morts », pour tenter de dépasser la colère et la haine. Traversant l’espace du mythe et du temps contemporain, le théâtre devient le lieu où se tresse des mots et des images « destinés aux corps des morts abandonnés sur les champs de bataille, pour que les âmes puissent traverser les mondes » ou que les mots puissent donner encore une place à l’innocence de l’enfance.

Les histoires s’emboîtent, passent du monde des humains à celui des dieux, d’hier à aujourd’hui, des guerres de légende à la réalité des génocides actuels. Les frontières de genres sont abolies, les garçons jouent des rôles de filles et vice-versa.

Porté par la puissance du chant carnatique et sur les rythmes du tambour, se déroule l’histoire de Shalu, exilée en Allemagne, celle d’Amithan emprisonné au Sri Lanka ou de Flora, déportée en camp de concentration pendant la Seconde Guerre Mondiale. Le temps de la représentation, le théâtre devient le lieu d’accueil des paroles de tous les défunts des temps sombres : tueurs, tués, complices, lâches, profiteurs, héros, résistants, comme dans un jeu de miroirs où victimes et bourreaux finissent par se confondre.

Terre de Cendres
Troupe Indianostrum Théâtre
Spectacle en tamoul surtitré en français
Conception & Mise en scène : Koumarane Valavane
Avec Charles Vinoth, Kalieaswari Srinivasan, Mani Bharati, Radhika Prasidhha, Rency Philip,
Ruchi Raveendran, Santhosh Kumar, Vasanth Selvam, Vetri Premkumar
Création musicale : Jean-Jacques Lemêtre
Interprète musique : Arjun Chandran
Adaptations et traductions : Nicolas Deleau
Préparation physique Kalaripayatt : Manish V.M.

Représentations de 3 spectacles jusqu’au 4 juin au Théâtre du Soleil

Karuppu, théâtre dansé, du 26 mai au 4 juin (6 représentations), le vendredi à 20h, le samedi à
17h, le dimanche à 15h

 

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest