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Imitation of life de Kata Wéber

Imitation of lifeLe metteur en scène Kornél Mundruczó livre avec Imitation of life un ambitieux projet esthétique et politique où se mêlent histoire du vingtième siècle et époque contemporaine, plongées dans les abîmes de l’inconscient et discussions par SMS.

L’histoire a lieu dans un appartement de la banlieue d’une ville hongroise. Une femme – rom – est menacée d’expulsion. L’homme chargé de mettre en œuvre l’arrêté doit écouter les plaintes de la femme, qui s’exprime devant la caméra amenée pour enregistrer la preuve juridique de l’entretien.

Imitation of life, une affabulation ?

Ça commence par du cinéma, donc, et par une ambigüité sise dans le mot même… En effet, le récit est poignant, mais l’on ne sait s’il est le fait d’une affabulatrice de talent ou d’une femme qui a réellement connue les misères qu’elle décrit. Est-ce une maladresse de la mise en scène ou une volonté de troubler le jeu dés le début ? A la fin de son récit cependant, c’est l’histoire qui prime, car vraie ou non, elle offre une vision saisissante de la permanence et de la profondeur du racisme anti-rom en Hongrie. Tout y est raconté, de la mise de la population dans les camps aux humiliantes séances de désinfection, de la mise à l’écart dans les banlieues lointaines à l’avènement récent de l’extrême droite en Hongrie qui institutionnalise le racisme.

Après cela, c’est le théâtre qui reprend ses droits, et avec lui un troublant retour au « réel ». Nous voyons en effet apparaître dans son appartement la femme qui vient de raconter son histoire, en compagnie de l’agent recouvreur de dettes. Cet appartement ne quitte cependant pas tout à fait le cinéma car s’il évoque de façon évidente le tambour d’une machine à laver, il peut faire également penser dans sa forme à la chambre noire d’un appareil photographique

Imitation of life

Le metteur en scène, qui est également cinéaste, se propose donc d’utiliser à plein toutes les possibilités qu’offre le plateau de théâtre et d’y apporter également son savoir-faire en matière d’image. Ce que l’on voit s’apparente aux recherches les plus poussées et flirte parfois avec la performance où l’installation d’art contemporain. Dans la façon dont les dialogues – sur scène – sont menés, on peut penser aux travaux de Krystian Lupa sur l’inconscient et le magique. La scène centrale de la pièce – sublime, on n’en dévoilera pas ici l’effet – rappellent la dimension cosmique et l’effroi amenés par le travail de Roméo Castellucci.

Cependant les comparaisons flatteuses s’arrêteront là, car la mise en scène tombe peu à peu dans la confusion. Le mystère du début laisse la place à une multitude de petites effets ou de recours à des formes moins pertinentes. L’affichage par écrit d’un fait divers récent par exemple, apparaît comme un étrange moment brechtien, assez incongru au sein de cette proposition… Si ce travail commence brillamment, il pêche en somme par excès d’ambition et par une volonté trop affirmée de dominer son sujet.

 

Imitation of life
Texte : Kata Wéber
Mise en scène Kornél Mundruczó — Proton Theatre
Assistant mise en scène : Anna Fehér
Avec Lili Monori, Roland Rába, Annamária Láng, Zsombor Jéger, Dáriusz Kozma
Scénographie : Márton Ágh
Costume : Márton Ágh, Melinda Domán
Lumière : András Élteto
Dramaturgie : Soma Boronkay
Musique : Asher Goldschmidt

Vu à la MC93

Tournée
Du 12 au 14 mars 2018 Trafó House of Contemporary Arts Budapest, Hongrie
Du 18 au 21 avril 2018 Maillon, Strasbourg, France
Du 25 au 27 octobre 2018 Trafó House of Contemporary Arts Budapest, Hongrie

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