Théâtrorama

D’une idée pourtant originale, faire parler Hugo à travers sa statue, Catherine Privat ne réussit à proposer qu’un spectacle d’une désolante niaiserie. Le texte, d’une abyssale vacuité, n’est pas rehaussé par l’interprétation gesticulante et crispante de la comédienne.

Huguette travaille dans une librairie de livres anciens, sur le lieu même où mourut Victor Hugo en 1885. La statue du grand homme trône au beau milieu de la pièce et son ombre tutélaire semble ne jamais avoir déserté les lieux. Mais voilà que le marbre se met à causer. L’auteur des « Contemplations » va prendre Huguette pour Juliette Drouet…
Parler en direct avec Victor Hugo. Qui n’en a pas rêvé, après s’être aventuré dans ses fougueux alexandrins ou avoir parcouru une bonne bio des 83 ans de son existence ? C’est la gageure que Catherine Privat va tenter de relever ici, en jouant sur ce siècle de distance qui sépare son personnage de son modèle. Noble dessein. Le résultat est une énorme déception.

Pas vraiment victorieux…
Une heure durant, un salmigondis verbeux occupe la scène, à grands renforts de grossièretés aussi inopportunes que de situations débiles, le tout agrémenté de jeux de mots fumeux (« Hugo qui bosse » : y’a pas à dire, c’est renversant). Voilà notre héros national aboyant pour faire fuir le chaland, chantant du Michael Jackson affublé d’un tee-shirt « Bad » et jurant comme un charretier, lorsque, à la faveur d’une pirouette dramaturgique, les rôles sont inversés. Tout n’est que bavardage et inconsistance dans ce texte qui ne décolle jamais et ne provoque que des rires aussi condescendants que crispés. Ce spectacle qui, avec un peu de tenue, aurait pu être très drôle, se vautre dans un inéluctable abîme de ringardise que même les moments se voulant plus intimes ne sauveront pas.
L’auteur Catherine Privat n’aide pas la comédienne éponyme, loin s’en faut. Et inversement. A force de gesticulations et d’approximations, elle agace au bout de dix minutes. Et le summum est atteint lors d’une évocation des séances de spiritisme dont on sait qu’Hugo fut un adepte. Une succession de doubles répétitions de fins de mots (« Je suis Huguette, guette, guette », « devine où j’habite, …. » : ah oui, c’est du lourd !), conférant à l’ensemble son côté très « pouet pouet » qui ne fait rire personne, va enfoncer irrémédiablement ce cauchemar scénique dans les tréfonds du ridicule. Ah non, Catherine Privat et son Huguette ne sont pas futes-futes et l’ensemble de ce spectacle est tout bonnement très con-con.

Huguette Hugo
Texte et interprétation : Catherine Privat
Mise en scène : Johan de la Monneraye
Avec la voix de Dominique Paturel
Jusqu’au 18 décembre,
Du mercredi au samedi à 21h30
Durée : 1h10

Théâtre Les Déchargeurs
3, rue des déchargeurs, 75 001 Paris
Réservations: 08 92 70 12 28
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  1. J’ai remarqué souvent que les critiques signées par Monsieur Bortelle étaient souvent rédigées de façon beaucoup trop enflammées.

    La critique n’est-elle pas là justement pour rester objective et démêler le bien du le moins bien des projets théâtraux ?

    En bref, pourquoi tant de haine, à l’égard de spectacles qui se montent souvent très difficilement ?

    Votre métier est pourtant bien beau, il me semble et n’implique pas de se poser comme redresseur de torts à tout prix ?…

    feuxdelarampe / Répondre
  2. Trop enflammées ? Je le prends comme un compliment, puisque vous ne faites pas de distinction entre mes critiques positives et les autres…

    Une critique objective ? Oh le bel oxymore…Vous le dites d’ailleurs juste après : démêler le bien du moins bien. Ce n’est donc plus de l’objectivité…

    De la haine ? Non, jamais. Juste une envie de dire quand j’aime ou quand je n’aime pas. Rien de plus.

    Que fallait-il que je fasse pour ce spectacle ? Que j’en dresse un panégyrique pour vous satisfaire ? Que vous ne soyez pas d’accord avec mes propos est une chose et c’est là que réside tout l’intérêt du spectacle, vivant ou pas.

    Quant au fait que les spectacles se montent avec difficulté, même si j’en ai parfaitement conscience, doit-on leur dérouler un tapis de louanges systématiquement ? A quoi servirait donc notre métier ? A dire bravo à tout ?

    l'auteur de la critique / Répondre
  3. Mais pourquoi, il ne devrait y avoir que du mauvais ou que du bon dans une pièce de théâtre ? Je n’arrive pas à saisir la finesse de votre réflexion sur l’objectivité.

    Sinon, je relis à l’instant le titre de votre critique « un spectacle très con-con » et j’avoue que j’ai très envie de pleurer et de sortir « mes petits mouchoirs »…

    feuxdelarampe / Répondre
  4. Parce que les « Huguette guette guette » et autres « devine où j’habite bite bite » vous ont fait rire, j’imagine ? Moi pas. Et à en lire le papier publié récemment dans le Figaroscope de cette semaine, je ne suis pas le seul à avoir trouvé ça idiot.
    Pour ce qui est du « tout mauvais » ou « tout bon », relisez donc ma critique et vous verrez que je ne suis pas aussi péremptoire que ça. L’idée de départ est bonne et je l’ai dit. Le reste est con. Je l’ai dit aussi.
    Quant à l’objectivité, elle n’existe pas dans la critique. Ce ne sont pas des comptes rendus que je rédige, mais des articles ayant pour but de donner mon avis. On ne peut faire plus subjectif…

    l'auteur de la critique / Répondre
  5. Mon dieu ! Je n’avais pas lu votre critique mais je vais vous faire plaisir, vous m’avez fait pleurer ! Quel massacre ! je devrais me rassurer en pensant que 98 % des gens sont venus me voir à la fin du spectacle en me remerciant de les avoir fait rêver, que Jérome Garcin m’a fait une critique magnifique dans le Masque et la Plume et le Nouvel Observateur mais bon, je suis une artiste et je suis sensible… La méchanceté me terrifie ! On ne peut pas plaire à tout le monde c’est vrai mais quelle haine ! Après votre extermination, puis je vous demander un service ? Pouvez vous enlever ce papier ? Il est en première ligne et il m’empêche de travailler ! Etes vous si cruel pour empécher quelqu’un de se nourrir ? Pouvez vous laisser une chance à mon spectacle de plaire aux autres ? Merci beaucoup Monsieur !

    Catherine privat / Répondre
    • Je vais vous répondre un an après …. parce que maintenant je m’en fous…. Votre critique est trop méchante pour être honnête… En plus vous n’avez même eu les couilles de me répondre… Alors je vais vous dire que vous et Monsieur Jean Luc Geener, vous êtes des petits journalistes sans intérêt et que lorsque vous voyez une magnifique critique de Gérome Garcin dans le Nouvel Observateur et dans le Masque et la Plume, le top pour un comédien, vous vous sentez obligés de le contrer… politique oblige… mais franchement vous n’avez pas honte d’en faire autant… Pourquoi les artistes doivent-il supporter votre aigreur ? Vous savez, Monsieur Genner descend tous les spectacles qui ne sont pas dans son théâtre, c’est normal, il ne paye pas de charges sociales et ne payent pas non plus les comédiens et il essaie d’attirer le plus de monde dans son théâtre pour s’en mettre plein les poches… Quant à vous, personne ne lit votre pauvre feuille de chou et je préfère me fier à l’avis du public et de Gérome Garcin… C’est triste…. Les critiques devraient faire leur auto-critique… Ils mourraient sur place…

      privat / Répondre (en réponse à Catherine privat)
      • Oh la petite chose agressive égarée par la haine et la rancœur qui n’a mieux à faire un 31 décembre à 4 heures du matin que de livrer à un déferlement de propos atrabilaires sur une « feuille de chou lue par personne » ?
        Inondé de mails me proposant de couvrir des spectacles, je n’ai pas gardé celui qui vous m’aviez envoyé avant que ne démarre le vôtre. C’est dommage, les lecteurs en auraient eu la teneur. Pour ma part, jamais encore on ne m’avait supplié comme vous le fîtes, madame. Jamais. La feuille de chou était alors votre alliée et vous n’étiez guère regardante sur le fait qu’elle n’est lue de personne (propos qui n’engagent que vous, cela va de soi). De même lorsque vous me suppliâtes de retirer mon article… En fîtes-vous de même avec le Figaro magazine qui en trois lignes se livra à une descente en flèche de votre chef d’œuvre ? Sûrement point. Mais voilà, le méchant journaliste n’a pas aimé votre spectacle et a fait son travail pour le dire. L’impertinent prosateur est donc désormais cloué au pilori, voué aux gémonies pour n’avoir pas acquiescé, pour n’avoir pas abondé dans le sens d’un confrère qu’il ne lit d’ailleurs jamais. Honte à lui de n’être point claquemuré dans le moule de la pensée unique et d’avoir sa propre vision des choses, son propre savoir penser et les fameuses « couilles » (merci pour elles, elles vont très bien) pour le dire et l’écrire.
        Au lieu de vous débattre dans un océan de sarcasmes d’un goût douteux avec pour mot d’ordre « Courage fuyons » (un an après, une fois que votre étron scénique est définitivement sec, c’est courageux, en effet) pourquoi ne songez-vous pas à faire le bien autour de vous ? Offrez donc le texte de votre truc à tous ceux que vous aimez. Et invitez-les à marcher dessus. Du pied gauche, bien sûr : on dit que ça porte bonheur…

        l'auteur de la critique / Répondre (en réponse à privat)

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