Théâtrorama

Hiver

Concrétude absolue du texte et puissance de jeu des comédiens confèrent à ce spectacle, par ailleurs doté d’une mise en scène au cordeau, toute sa vitalité. Un très beau moment de théâtre digne du lieu qui l’accueille.

Le décor a l’apparence de la simplicité. Une structure évoquant la façade d’une maison. Un plancher banal, sans tapis ni fioriture. Un seul lit à l’intérieur. A une place. Rien ne respire l’opulence. Une fois admise cette vérité que nous sommes chez des miséreux, le décor va jouer un tout autre rôle et s’animer grâce à d’astucieux procédés de faux planchers. Mais il n’en fera pas oublier l’essentiel : la quasi transparence des lieux et la précarité des protagonistes qu’elle induit.

© C.Urbain

Une femme, un cheval mort à ses côtés, incarne l’abondance, bien que précaire. De quoi nourrir et se nourrir tant que la viande sera mangeable. Un vieil homme va la supplier de donner un morceau au gamin, malingre et maladif, qui l’accompagne. Elle propose alors l’échange d’un bout de viande contre l’enfant. L’atroce marché est conclu. Le gosse s’avère d’un total mutisme, proche de l’idiotisme. Puis, la femme voit revenir son homme parti dix ans plus tôt à la guerre et auquel elle fait croire que le gamin est le leur… Une succession de questionnements vont se faire jour.

Le texte est abrupt, sans pathos, dans un style résolument réaliste. L’histoire qu’il raconte tisse, par sa force narrative, un camaïeu de situations sur fond de guerre, de quête identitaire, de détresse mais aussi, et surtout, d’optimisme. Les éléments qui renvoient à la vie qui ne veut pas se laisser abattre se dressent comme des oripeaux. L’eau, les plantes, la nourriture, la parole sont au cœur du propos comme autant de source de vie, d’espoir, de renouveau. De paix aussi, bien sûr.

Et le décor s’anime…
Cette vie que rougit le sang versé (celui du cheval, celui des hommes sur les champs de bataille, celui du bébé évoqué par le vieux) et que soulignent les éclairages du début va reprendre le dessus. Les plaies se cicatrisent, le décor s’anime. Mais au prix de quels efforts ! La souffrance, telle celle d’une parturiente, se sent dans chaque scène, dans chaque parole. Il faut accoucher de la vie quand on a vécu dans cette forme de mort si longtemps, dans ce silence.
Rendus palpables par le jeu de comédiens formidables, ces sentiments forts, puissants, terriblement expressifs entrainent le spectateur dans un tourbillon qui peut déranger, couper le souffle, ébranler. Qui a dit que la vie était un long fleuve tranquille ?

De Zinnie Harris
Texte français de Dominique Hollier et Blandine Pélissier
Mise en scène : Guy Pierre Couleau
Avec Anne Le Guernec, Philippe Cousin, Pascal Durozier, Philippe Mercier, David Boissel, Thomas Laliberté
Du 14 janvier au 13 février, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h30
Théâtre de la Tempête, Cartoucherie
route du Champ-de-manœuvre, 75012 Paris
Réservations: 01 43 74 94 07
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