Théâtrorama

Une jeune femme, seule sur scène, parle dans une chambre vide. C’est un lieu qui a été habité, qui donne les signes d’un emménagement prochain ou d’un déménagement récent. C’est la fin ou le début. C’est une page qui se tourne. Dans ce no woman’s land, la comédienne raconte une histoire d’amour qui a mal tourné, et qui d’idylle amoureuse, s’est transformée en cauchemar de violence conjugale.

Une vérité nouvelle, ou plutôt un non-dit est exploré sous nos yeux. Hedda parle de ce qu’il est impossible d’imaginer si on ne l’a pas vécu soi-même : on peut être amoureux de son bourreau. À la question : pourquoi restes-tu avec un homme qui te bat ? la femme ne peut répondre qu’en racontant l’histoire entière, de la rencontre au basculement dans la violence, puis au coup de trop qui permet de s’extraire enfin. Mais à l’écoute du récit, le bon sens hoche la tête et répond que quand un homme est mauvais et violent, il faut s’en aller. Il hoche la tête car il ignore ce qu’est l’amour, sa force, sa complexité. Il ne peut pas comprendre. Cette relation perverse et violente est belle et bien une histoire d’amour, oui.

Transmettre le non-dit

On ressort réparé de ce spectacle, si l’on accède à cette vérité fragile que la comédienne tente de nous transmettre. Ce n’est pas toujours gagné car il y a quelques faiblesses, quelques maladresses, des questions qui se posent sur la façon dont l’histoire est traitée. Les passages de la voix amplifiée à la voix nue peinent à se justifier, de même que le jeu entre l’adresse directe au public et la fiction. S’il est évident que l’intention est de faire le lien entre la fiction montrée sur scène et la réalité quotidienne des violences conjugales, le jeu semble se perdre dans un trop-plein de sensibilité au détriment de la clarté. L’intention est sans doute d’évoquer de façon concrète la confusion qui règne dans ce personnage, mais cela manque parfois de simplicité. Il y aussi une étrange mise en place de la baignoire à la fin du spectacle, assurée par la comédienne elle-même. La scénographie perd alors de sa magie ou montre un impensé : pourquoi le décor ne bouge-t-il qu’à ce moment là ? Pourquoi à vue ? Il est difficile de rattacher ce mouvement au reste du spectacle. Enfin il y a la question du silence. Si la comédienne est remarquable de sensibilité et de justesse, il n’y a jamais aucun moment de silence, aucun moment durant lequel les spectateurs pourraient se plonger eux-mêmes dans cette abîme.

Mais peut-être justement ne faut-il pas y plonger ? Peut-être la mise en scène répond-elle de la meilleure façon qui soit à cet indicible auquel elle ose se confronter ? La souffrance vécue ne souffrirait aucun silence. Il faut parler, parler encore. Parler toujours pour ne pas sombrer.

  • Hedda
  • Mise en scène et interprétation: Lena Paugam
  • Dramaturgie : Sigrid Carré Lecoindre, Lucas Lelièvre, Lena Paugam
  • Chorégraphie: Bastien Lefèvre
  • Scénographie: Juliette Azémar
  • Crédit photos: Sylvain Bouttet
  • Vu au Théâtre de Belleville
  • Tournée
  • 6 février 2020 – Maison du Théâtre (Amiens)
  • 5 mars 2020 – Théâtre des Jacobins (Dinan)
  • 2 avril 2020 –  L’Agora, scène nationale de l’Essonne (Evry)
  • 7, 8, 9 avril 2020 – Le Liberté, scène nationale de Toulon

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