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Hamlet mis en scène par Boris Nikitin

Hamlet mis en scène par Boris NikitinHamlet n’est pas la pièce de Shakespeare. Dans ce spectacle de Boris Nikitin, Hamlet a bien des points communs avec son homonyme mais il n’est pas prince du Danemark. Il n’est d’ailleurs même pas question du Danemark ou d’un quelconque trône et s’il y a bien une tragédie, elle est d’un autre ordre.

Hamlet est un personnage torturé, un jeune homme hanté par le spectre de son père qui ne se résout pas au présent et cherche une vengeance. En lui ôtant toute dimension morale, en ne cherchant pas à faire d’Hamlet le défenseur de son père ou le gardien de l’honneur, Boris Nikitin développe un drame intime. Les thèmes que retient le metteur en scène sont plutôt ceux de la réalité, de la maladie, de l’identité. Sur le plateau nu, entouré de lumières, Julian Mending fait seul face au public. Il est en même temps pluriel le crâne et les sourcils rasés, le visage maquillé, les gestes délicats et la voix instable d’un adolescent. Chanteur et musicien, acteur et performeur, il pose par sa simple présence la question du corps.

Être ou ne pas être expérimental

Hamlet mis en scène par Boris NikitinHamlet sans le décor, c’est la folie qui pointe. Julian Mending, aussi Uzrukki Schmidt selon les pseudonymes, commence le spectacle par se présenter lui même. « Ceci est mon corps », « ceci n’est pas la vie réelle » : les précautions d’usage au théâtre. Cet à-propos convoque aussi la paternité de Brecht, jouant la distanciation à outrance. La notion même de jeu se perd, et l’on ne sait plus ce que l’on regarde. Un acteur qui joue un acteur qui joue un acteur ? On pourrait y lire une référence à la pièce dans la pièce d’Hamlet ; elles sont d’ailleurs nombreuses quoi que plus ou moins subtiles. On ne se libère pas de pareil sous-texte, on ne parvient pas à le dépasser.

Les sous-titres « théâtre documentaire expérimental », « cabaret queer » témoignent d’une juxtaposition peu évidente. L’entre deux dans lequel se joue la pièce entretient le malaise ; quelques chansons scandent la pièce, susurrées pour moitié et aussi vite abandonnées. Ces indécisions, ces déplacements erratiques induisent un problème de rythme ; le spectacle tourne à vide. Le groupe baroque Der musikalische Garten, l’ensemble baroque qui accompagne parfois musicalement la pièce semble perdu à l’arrière plan. L’écran, la caméra ne trouve leur justification que dans cette sublime scène où Hamlet démultiplié réinterpréte « Être ou ne pas être ». Le jeu de regard induit par la vidéo devient précisément à ce moment intéressant : le spectateur est au cœur du dispositif.

Il est tentant pour un metteur en scène de vouloir avec Hamlet atteindre le voyeur derrière le rideau, cependant ici les efforts pour briser le quatrième mur ont quelque chose de factice. Dans cette atmosphère en demi-teinte, on ne retrouve rien de la passion théâtrale ; du désespoir d’un personnage on tire à peine quelques rires ironiques.

Hamlet
Idée, mise en scène : Boris Nikitin
Performance : Julian Mending
Ensemble baroque : Der musikalische Garten / Sara Bagnati, Annekatrin Beller, Daniela Niedhammer, Katia Viel
Scénographie : Nadia Fistarol
Texte : Boris Nikitin, Julian Mending
Conception musicale : Boris Nikitin, Uzrukki Schmidt, Matthias Meppelink, Der musikalische Garten
Vidéo : Georg Lendorff, Elvira Isenring
Dramaturgie, son : Matthias Meppelink
Création sonore : Joncha
Durée : 1h30
Crédit photo: Donata Ettlin
Spectacle en allemand surtitre

Vu à la Grande Halle de La Villette le 24 novembre 2016

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