Théâtrorama

Haïm, le mot en hébreu claque comme un défi ou une naissance. Et pour cause, puisqu’il signifie la vie et prononcé à la fin du shabbat ou d’une fête religieuse, il représente dans la tradition juive, une bénédiction.

C’est aussi un prénom, celui de Haïm Lipsky, violoniste prodige, dont Gérald Garutti a écrit et mis en scène l’histoire avec une récitante et quatre musiciens. Ce spectacle est tout le contraire du tape- à- l’œil. Une mise en scène minimaliste, mais où chaque choix est juste, réfléchi, permettant à chacun de rencontrer ses émotions les plus profondes et les plus vraies.

Avec sa voix grave qui oscille entre le sourire et les larmes, Natacha Régnier, comédienne solaire s’il en est, tout en force et en fragilité, prend en charge le récit de cette longue traversée, que fut la vie de Haïm Lipsky. afin « de recomposer au plus près cette vie criblée par l’Histoire ». Croisant les souvenirs de Haïm Lipsky lui-même, les témoignages de ses enfants et de ses petits-enfants, le récit retrace le parcours inouï de ce musicien prodige né à Lodz dans la Pologne des années 20, et qui, aujourd’hui à 90 ans, vit pour partie, à Haïfa, en Israël.

De la musique au silence
Gérald Garutti fait un théâtre « qui passe les bornes » et traverse les frontières. L’expérience inaugurale qui lui fait monter Koltès et Shakespeare au Royaume-Uni, l’incite depuis à proposer un théâtre en prise directe avec le monde et les convulsions de notre époque, à travers des pièces classiques et contemporaines. Son expérience de dramaturge auprès de Christian Schiaretti a renforcé sa démarche.

« Haïm- À la lumière d’un violon » est la deuxième pièce qu’il écrit. Ici, avec une grande rigueur et non sans une certaine poésie, il croise les mots et la musique. Cette musique fut au cœur du parcours de Lipsky. De sa jeunesse pauvre à la Terre Promise en passant par Auschwitz où Lipsky accompagna les exécutions des chambres à gaz, sur des airs de mazurkas ou de concertos, dans l’orchestre du camp. Jusqu’à l’écoeurement, jusqu’à ne plus sentir ses doigts crispés de fatigue sur le violon.

La musique… Encore elle… Comme une ouverture, un moyen de survivre malgré l’horreur. Et c’est elle qui vient s’enrouler autour du récit, faisant naître ou revivre les univers musicaux que Lipsky dès son enfance va explorer avec gourmandise et une curiosité infinie. D’une musique à l’autre, dans une lumière ciselée qui fait surgir les mondes et les personnages, nous suivons Haïm Lipsky, dans les rues de son village, dans le ghetto de Lodz, dans ses premières rencontres avec le solfège et la musique classique.
Il apprend à jouer d’abord à l’oreille en suivant les musiciens klezmer, ces musiciens populaires yddish, puis ce sera l’apprentissage de la musique classique et le camp d’Auschwitz à peine âgé de 20 ans après la destruction du Yddishland.

À la fin de la guerre, après avoir échappé à l’enfer d’Auschwitz, Lipsky rejette le polonais « pour ne plus parler que deux langues le yddish et le silence » avant d’apprendre l’hébreu. Si la musique continue d’être sa langue de cœur, Haïm Lipsky va y renoncer en tant que concertiste professionnel pour participer à la construction de l’État hébreu. Le musicien, toujours baigné dans la lumière de son violon, va mettre la transmission au centre de sa vie. Pour ses enfants et aujourd’hui ses petits-enfants, tous concertistes internationalement reconnus, la lueur fragile qui a sauvé de l’extermination nazie leur père et leur grand-père continue d’éclairer le chemin de la vie.

Dans la pièce de Garutti, nous découvrons avec émotion Naaman Sluchin, le petit-fils de Haïm Lipsky. Violoniste virtuose, il joue le rôle de son grand-père, témoin vivant de la réalité de cette transmission. Grâce à lui et à Dana Ciocarlie au piano, Alexis Kune, à l’accordéon et Samuel Maquin à la clarinette, sur les pas de Haïm Lipsky, c’est tout un peuple qui revient témoigner de sa résilience et de cette lumière qui transmet la vie, plus vibrante que jamais, depuis qu’elle a traversé les ténèbres. Haïm, la Vie…Un spectacle indéniablement à ne pas manquer…

[note_box]Haïm – à la lumière d’un violon
Écrit et mis en scène par Gérald GARUTTI
Avec : Natacha Régnier, comédienne- Naaman Sluchin, violon- Dana Ciocarlie, piano- Alexis Kune, accordéon – Samuel Maquin, clarinette.
Crédit photo : Linda Taïeb
Durée : 1 h 20 environ[/note_box]

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