Théâtrorama

Une hache pour briser la mer gelée en nous – mise en scène: Grégoire Strecker

Après avoir adapté « La Dispute » de Marivaux, Grégoire Strecker avec « Une hache pour briser la mer gelée en nous » reprend la pièce « Occupe-toi d’Amélie » de Feydeau. Pour le jeune metteur en scène il s’agit toujours d’aller plus loin dans son laboratoire de la société et sa mise en jeu des relations humaines.

Oublier la belle époque

Par le titre qu’il emprunte à Kafka, Grégoire Strecker fait profession de foi. C’est bien plus qu’une formule qui s’adapte à Feydeau, une conception tout entière du spectacle qui doit en même temps faire violence au spectateur et avoir sur lui un effet libérateur. Le metteur en scène a cherché à décontextualiser la pièce de Feydeau, la dépouiller des références à la Belle Époque pour n’en retenir qu’une structure, une vérité de l’écriture. La succession des quiproquos apparaît comme la révélation d’une mascarade, l’ironie comme marqueur d’une absence et le cynisme d’Amélie, qui finit par compter son argent à la manière d’un personnage de Molière, témoigne de la seule réalité, matérielle du sentiment. Cette volonté d’aller au cœur du texte, apparaît cependant biaisée par le travail d’adaptation entamé avec Noelle Renaude qui produit une étrange impression de décalage.

Grégoire Strecker hache Feydeau à Nanterre-Amandiers

L’espace du vide

L’atemporel au théâtre est une notion trompeuse ; une pièce est toujours de son temps, reflet d’un présent. Sur le plateau, l’espace de jeu légèrement décalé par rapport au gradin rappelle ainsi la scénographie d’une télé-réalité, d’une arène si l’on veut. Sur un ballon gonflé à l’hélium, le regard de Leprince-Collette surenchérit dans ce voyeurisme et ce postulat. Nous, spectateurs, sommes les témoins redoublés d’un présent post-moderne qui ne trouve pas d’issue. En allant chercher Philippe K. Dick et en jouant sur les référents d’une science-fiction dépassée la mise en scène crée une distance qui nous écarte et du texte et des corps. Le personnage du père Poché dépendant de son script et reprenant Dominique Frot qui ne prononce pas ses répliques jusqu’au bout brise le rythme et l’illusion théâtrale à peu de frais. Le dispositif nous distrait en prétendant mettre à nu les mots et la chair sans pour autant apporter de substance.

L’ère du soupçon

Il faut à tout prix en montant Feydeau éviter l’ornière du Boulevard, la maîtresse caché sous le matelas et l’amant reclus dans la cuisine. Cependant du dispositif aux costumes, tout sauf neutres, le moindre détail nous renvoie aux travers du Loft. Le voyeurisme en soi n’est pas un problème mais le spectateur ne parvient pas ici à prendre part au spectacle. L’exercice de cruauté du texte confondu avec un impératif de crudité de la mise en scène manque sa cible. Le rire en effet est rare dans la salle et le spectacle n’est qu’une pauvre catharsis. Le rythme relève de la séquestration mais n’a rien d’enlevé. Les figurants, qui apparaissent dans les scènes de groupe ne parviennent pas plus à donner une dynamique à cette pièce qui sous prétexte de présenter un autre visage de Feydeau nous propose une adaptation sans âme.

 

Feydeau / Une Hache pour briser la mer gelée en nous
Mise en scène : Grégoire Strecker
D’après « Occupe-toi d’Amélie » de Georges Feydeau
Adaptation – Transposition de la pièce : Noëlle Renaude
Avec : Leslie Bernard, Élise Bernard, Benjamin Candotti-Besson, Jean-Quentin Châtelain, Yann Collette, Rodolphe Congé, Dominique Frot, Alban Laval, Nastassja Tanner, Timothée Lerolle et Grégoire Strecker
Avec la participation de (en alternance): Julie Vartabédian, Léïla Douliba, Charlotte Lheureux, Aurélie Houser, Clara Burgold, Adèle Beuchot-Costet, Lucile Leguay, Clothilde Cazamajor, Louise Heritier, Titiane Barthel, Marine Guez
Dramaturgie : Julie Sermon
Assistants mise en scène : Timothée Lerolle, Élise Bernard
Scénographie : Élodie Dauguet – Les ateliers de Nanterre-Amandiers
Lumière : Nicolas Ameil
Costumes : Grégoire Strecker
Création sonore avec l’aimable participation de John Kaced
Durée : 3h10 avec entracte
Crédit photos : Martin Argyroglo

Spectacle vu à Spectacle à Nanterre-Amandiers

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