Théâtrorama

À la façon des feuilletons d’autrefois, en trois épisodes courts (35 à 5à mn), Frédéric Jessua et Isabelle Siou, s’emparent avec une délectation gourmande de trois pièces du répertoire de Grand Guignol qu’ils montent sous la forme d' »une série théâtrale d’épouvante, cocasse et coquine ».

Dès 1897 et surtout à la Belle Époque, le Grand Guignol était à la fois un genre théâtral et un lieu situé à Paris, Cité Chaptal, à deux pas de Pigalle et de la Rue Blanche. On est venu jusqu’en 1962 s’ y encanailler entre amis. Les pièces courtes bénéficiaient d’une mécanique prévisible, ayant pour but de provoquer le frisson chez un public bourgeois qui venait là satisfaire son besoin de macabre, son goût pour les sensations fortes et l’érotisme.

Une série d’épisodes théâtraux
Plutôt que de moderniser un répertoire fortement daté, les deux jeunes metteurs en scène ont préféré respecter l’univers du genre théâtral. Loin des trépidations de notre XXI° siècle, mis à distance de son époque et de lui-même, le spectateur se laisse bercer par les lenteurs et même l’ennui de ce rythme d’un autre temps.

Il se fait voyeur et renoue avec le rire enfantin face à la peur d’un macabre attendu. En quittant les rivages d’un quotidien à l’apparence tranquille, le temps s’étire vers le fantastique. Les morts reviennent pour réclamer leur dû à cause d’une parole imprudente (« L’amant de la morte »), pour se venger d’un mari assassin (« Le baiser de sang ») ou finissent par nous conduire dans une institution de jeunes filles, bien sous tous rapports, mais qui cache un corps enseignant bien étrange ( « Les détraquées »). Les acteurs prennent un plaisir évident à se couvrir de sang, à faire semblant de se mutiler ou à jouer avec les nerfs des spectateurs qui savent déjà où ils vont être conduits.

L’exercice ne manque pas de difficulté car il nécessite une direction d’acteurs précise et une mise en scène au cordeau pour éviter de tomber dans la mièvrerie. Le décor et les costumes ajoutent au suranné et au baroque. Chaque accessoire ou les costumes inscrivent le spectacle dans une forme de réalisme « à l’ancienne » qui poétise le plateau. Prenant plaisir à gratter les conventions bourgeoises et les apparences, la mécanique s’emballe et montre l’envers du décor avec sa folie et ses désirs inavouables.

Choisir délibérément d’inscrire ce spectacle dans son époque est une vraie gageure qui aurait pu conduire à l’ennui, pourtant on finit par se laisser piéger dans cet univers de temps qui passe. À l’époque des « Experts » et autres séries américaines, ce Grand Guignol-là a le goût suave des caramels et des pastilles à la menthe de notre enfance.

[note_box]Grand Guignol
3 pièces de : Maurice Renard, Jean Aragny et Francis Neilson, Olaf et Palau
Mise en scène : Frédéric JESSUA & Isabelle SIOU
Lumière : Florent BARNAUD
Maquillages et effets spéciaux : Élodie MARTIN & Laura OZIER
Crédit photo : Fabienne Rappeneau[/note_box]

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest