Théâtrorama

Calcul amoureux…

Mathématiques des sentiments où quand une inconnue rentre dans le système du couple, l’équation se transforme en fraction d’émotions…

Lola flirte avec les liaisons dangereuses en introduisant dans son couple avec Véra, sa maîtresse, Nina, comme un point d’ancrage évident. Elle croit trouver le parfait équilibre en se partageant équitablement entre la femme qu’elle aime et celle qui la fait vibrer. Mais la création artificielle de ce triangle amoureux, en apparence idyllique, révèle les failles d’une nature humaine qui s’amuse à se faire mal dans les rapports de force.

Véra et Lola forment le couple idéal. Véra, la quarantaine rayonnante, épanouie dans une carrière brillante de chercheur. Lola, la trentaine sensuelle, jeune cadre dynamique, remplie d’admiration pour la femme de ses pensées. L’ascendant de Véra sur Lola résonne comme une évidence acceptée qui place la jeune femme dans une position de soumission tacite. Peut-être veut-elle reprendre les rênes du pouvoir en avouant sans culpabilité à sa compagne sa liaison de deux ans avec Nina, jeune femme un peu paumée qui a du mal à se sentir exister ? A bas les non-dits et les conventions de couple, vive le ménage à trois. Lola joue les femmes libérées en avouant avoir besoin de Véra pour sa stabilité amoureuse et intellectuelle tout en se délectant de sensations fortes dans les bras de sa maîtresse docile. Véra semble rentrer dans ce jeu de l’amour et du pouvoir en donnant une bénédiction morale à cette escapade sexuelle. Mais derrière cet ordre relatif de démesure amoureuse se cache des angles un peu plus pointues qui ne demandent qu’à écorcher les lignes des figures imposées.

Huis clos cartésien
Franck d’Ascanio nous livre ici un délicieux trio amoureux féminin. Le texte est subtil, le trait d’humour fin (le triangle n’en est que plus affûté). Loin des clichés habituels sur l’homosexualité, la pièce se place dans un univers féminin qui n’a d’autre intérêt que d’intensifier cette réflexion sur le pouvoir, l’emprise psychologique sur l’autre et la manipulation mentale. Dans ce tribadisme triangulaire, chacune croit prendre le dessus sur l’autre, l’égratigner en prémices pour mieux la posséder ensuite. Le machiavélisme de Véra, qui mène la danse en aînée un peu désabusée, finit par se retourner contre elle quand le triangle explose. Véra et Lola, comme deux veuves noires, tissent leur toile pour prendre Nina, dans leur filet. Mais quand la victime se débat, elle fait des dégâts qui dévoilent la fragilité du couple. Couple malmené dans ce huis clos qui fait sentir que l’autre est à la fois l’Enfer et le Paradis. La mise en scène un peu mécanique où chaque comédienne forme un des trois points du triangle sur sa chaise et devient tour à tour le sommet de la figure, a pour effet de renforcer la violence des rapports humains dans ce couperet de froideur psychologique, élaguant parfois l’herbe sous le pied à l’émotion qui n’a pas le temps de s’exprimer. Emotion brisée net par le cartésianisme de Véra comme si la pièce était saisie à travers son point de vue. Les trois comédiennes se glissent avec aisance dans le moule de ce triangle qui manque parfois de fluidité mais qui mérite qu’on révise sa géométrie du couple.

Géométrie du triangle isocèle
Auteur et metteur en scène : Franck d’Ascanio
Interprétation : Marie Hérivan, Mélanie Journeau, Florence Fournier
Le dimanche à 17 h jusqu'au 11 janvier
Au théâtre de Nesle, 8, rue de Nesle, 75006, Paris
Réservations : 01 46 34 61 04

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  1. Si vous voulez voir cette pièce, elle se joue encore pour trois représentations les dimanches 22 février, 1er mars et 8 mars, toujours au théâtre de Nesle .

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