Théâtrorama

Il était une fois Fucking Happy End

Dès l’entrée dans la salle, un couple étrange, immobile devant le rideau rouge de la scène nous accueille. La mariée porte un masque d’âne alors que le marié, en slip et veston de smoking a le visage caché derrière un masque de cochon. L’entrée en matière est explicite. Fucking Happy End de Sarah Fuentes, mis en scène par l’auteure et Jan Olivier Schroeder refuse d’être enfermé dans un univers défini. Croisant l’univers des contes et le monde du cabaret, Sarah Fuentes revisite dans ce spectacle particulièrement l’histoire de « Peau d’Âne ».

« Mesdames et Messieurs, bienvenue dans ce que l’autre monde nomme « Le cabaret des pestiférés ». Une fois la porte entrouverte, vous ne trouverez, ici, ni cadavres, ni monstres, ni bourreaux. (…) Ici, nous refusons d’être victimes. Dans cet asile construit sur les ruines de nos contes étriqués, nous avons échafaudé, à la sueur de nos rêves (…) un royaume où chaque être est libre de panser ses souillures. Ici, nous sommes des Insurgés ! »

Fucking Happy End

Une confusion des genres théâtraux

Avec Fucking Happy End, nous pénétrons dans un cabaret déjanté où la princesse au petit pois en star disco croise une Mlle Neige des plus étranges et un petit Chaperon Rouge un peu rappeur et vaguement dealer. Ici on joue avec les codes du théâtre choisissant le décloisonnement des genres et se jouant des étiquettes. Ici tout se mélange : le théâtre de l’absurde et celui de la tragédie, les mots et les clichés, le conte et le mélo. On se fait peur en se moquant des monstres et en faisant une incursion dans l’univers de Tim Burton ou des films d’horreur.

Contes de fée en cabaret

La mise en scène intensifie les partis pris par une certaine grandiloquence et un jeu extravagant et grotesque. Ici tout devient possible car chaque scène est un prétexte pour interroger le genre théâtral lui-même. Poussant le jeu vers les extrêmes, la comédie est tirée vers l’explosif et la tragédie, lorsqu’elle pointe le bout de son nez, s’échappe vers le baroque et la grandiloquence. Ce parti pris présente cependant certaines limites. L’exercice relève parfois d’un zapping qui tient les émotions à distance, empêchant de creuser certaines vraies bonnes idées comme la question de l’inceste souligné ici dans « Peau d’Âne » ou celle des critères de genre qui enferment les filles et les garçons dans les rôles pré-définis de femme parfaite ou de mari idéal.

Opposant un fond sombre et une forme hilarante, les quatre comédiens, tous excellents, passent d’un personnage à l’autre, triturent les figures iconiques des contes pour questionner celles de notre époque qui classent et formatent. Les frontières entre la représentation et la réalité des spectateurs se trouvent dynamitées à leur tour. Pris à parti, transformé en confident d’un cabaret de plus en plus fou, le public est transformé en acteur à part entière de cette histoire qui explose dans tous les sens. La notion de fable théâtrale est abolie, l’espace scénique est étendu à l’intégralité de la salle, annihilant la séparation de ce qui constitue les limites habituelles de la représentation. Les apartés à l’adresse du public achèvent de confondre fiction et réalité comme un écho à la question existentielle de Peau d’Âne qui se demande « si tout ce que [ ses] yeux voient est le Monde. Parfois, la nuit surtout, si tout ici n’est pas que fiction ?  »

Fucking Happy End
De Sarah Fuentes
Mise en scène: Sarah Fuentes & Jan Oliver Schroeder
Avec Ludovic Chasseuil, Maud Imbert, Sarah Fuentes, Jan Oliver
Scénographie : Carolina Spielmann
Compositeur : Pili Loop
Décor : Renée Guirao
Costumes : Sho Konishi
Durée : 1h30
Crédit photos : Frédérique Toulet

Jusqu’au 29 Avril 2017 au Théâtre Les Déchargeurs

 

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