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French Touch, de Régis Ivanov

French Touch, de Régis IvanovCe soir, Jean-Paul Pouchkine attend dans un trou perdu de la France profonde l’arrivée de sa « patronne », une élue populiste dont il est la plume. Elle ne vient pas alors que tout le monde l’attend. Elle charge Jean-Paul de faire le discours à sa place. Mais, lui, l’immigré belgo-letton est un poète dans son genre et dans le fond les discours populistes ne sont pas sa tasse de thé. Il n’y arrive pas. Face à ces gens qui attendent, qui espèrent, il se lâche et se met à parler de la beauté, de sa French Touch à lui…

Régis Ivanov, comédien belge à la carrure de Falstaff, d’une voix forte qui s’affirme entre rire, complicité et émotion, est Jean-Paul Pouchkine, conférencier maladroit, idéaliste et généreux. Les mots sortent simples, déroulant non l’histoire officielle, mais insistant, sur ce qui fait l’originalité de la French Touch, sorte d’exception culturelle qui se retrouve dans tous les domaines du règne de Louis XIV à la décolonisation en passant par Offenbach. Jean-Paul Pouchkine ose le pas de côté pour aller respirer loin des frustrations quotidiennes. À l’opposé des consignes reçues et parlant de tous les sujets qui fâchent, il cingle vers le grand large,

French touch ? Oui, mais…

Il affirme non sans malice l’apport des immigrés dans la French Touch depuis toujours. Lui, qui s’appelle Pouchkine comme le grand écrivain russe, descendant d’un noir, considère Alexandre Dumas, un autre descendant d’esclave, comme le plus grand écrivain français. Et puis, les soi-disant «hordes de barbares» n’ont-elles pas enrichi l’orfèvrerie et les bijoux des Gaulois ? Les premiers rois catholiques de France n’étaient-ils pas des immigrés belgo-lettons comme lui? En roue libre, Jean-Paul Pouchkine réaffirme la French Touch dans ce qu’elle a d’éternel en y mettant du poil à gratter : la galanterie, le plaisir des sens à la française résultat de la terreur imposée par l’Eglise et les rois au Moyen-Âge… Louis XIV, encore lui, pieux négrier…Et puis les Lumières, la liberté, la gastronomie, les cafés, les restaurants…

L’énumération devient de plus en plus jouissive. Les yeux brillants, le sourire gourmand, Pouchkine s’amuse comme un fou, avant que d’être ramené à la réalité de son petit salaire d’attaché parlementaire et à ses propres frustrations. L’homme bienveillant se dédouble alors et se transforme en clown éructant qui rappelle les rendez-vous manqués, les grimaces d’une histoire qui bégaie et redistribue les cartes de la comédie humaine. Surgit une walkyrie monstrueuse au nez de clown qui hurle sa haine de la différence. Le miroir s’embue et « ne nous renvoie plus de nous-mêmes une image claire avec l’intérêt d’un regard sur la vie, mais des couleurs passées, des taches et des boutons. On a beau dire qu’on s’en fout, qu’on se maquillera, tout ça pose quand même un sérieux problème, et pas qu’à la French Touch !… » Un spectacle intelligent et plein d’humour sincère, à la fois corrosif et cocasse qui bouscule l’histoire officielle d’une France bien calibrée.

 

French Touch
Texte et interprétation : Régis Ivanov
Mise en scène : Olivier Hamel
Collaboration artistique : Olivier Werner, France Viard Grewer, Anne-Marie Arbefeuille, Patrick Pouchin
Durée : 1 h 15

Jusqu’au 29 Juin 2017 au Théâtre de la Vieille Grille

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