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Finir en beauté de Mohamed El Khatib

Finir en beauté de Mohamed El KhatibFinir en beauté – « Je n’ai jamais pu dissocier mon écriture du plateau, je n’ai jamais pu éviter d’apporter le réel tant sur scène que dans mon travail d’auteur ». Cette affirmation est de Mohamed El Khatib, auteur, comédien et metteur en scène. En fondant la Compagnie Zirlib, El Khatib revendique la transformation du plateau de théâtre en terrain de jeu et d’expérimentation de la prise de parole, afin de « porter des écritures qui parlent et qui nous parlent ». Il compte explorer aussi, pour les quinze années qui arrivent, la thématique du deuil pour nous rappeler à chaque instant que l’on est bien vivant.

Finir en beauté, pièce en un acte de décès

Finir en beauté – sous-titrée « Pièce en un acte de décès » – s’articule autour de la maladie, de la mère de l’auteur, avec un point de départ précis : le 12 Février 2012, une semaine avant son décès et des incursions dans le passé. Retranscription d’enregistrements, notes de journal avec mention expresse de l’heure et du jour, Mohamed El Kattib se veut le scribe précis de cette mort annoncée. Il ancre son écriture dans le réel cru de la maladie, des traitements, de la mort qui vient tout en notant le quotidien, le prosaïque de la situation familiale sans pathos, ni exagération. Tout ceci nous est raconté à la première personne sous une lumière crue qui éclaire un plateau nu avec pour seul décor une télévision fatiguée et un écran. Évitant le démonstratif, assumant l’ennui d’un récit trop détaillé et sans concessions, à la fois acteur, auteur et metteur en scène, Mohamed El Khattib joue son propre rôle et se fait témoin de ces autres personnes que son regard et sa parole transforment en personnages.

Fragments du réel

Finir en beauté de Mohamed El KhatibEl Kattib s’attache au fragment et se donne ainsi la possibilité de créer « une histoire en interrogation, en recherche constante et laisser de l’espace à l’autre ». La réalité sous-jacente surgit alors en creux et en bosses, trouée par le mystère, la possibilité de réinventer l’histoire pour « permettre la coexistence et l’interpénétration réciproque du réel et de la fiction ».

Chaque document, chaque conversation rapportée, chaque sms devient un outil qui fait sens et se met au service d’un événement à la fois banal et universel – la mort de sa mère – et qui nous dépasse par sa portée bouleversante et les changements qu’elle implique dans la vie de chacun. Tout est raconté avec une précision maniaque. Ce qui fait théâtre, ce sont les choix des points de vue, les à-côtés de la mort, les mots qui deviennent messages, les funérailles qui rattachent des protagonistes réels aux rituels universels de la mort, les pas de côté qui incisent le chagrin et soulignent avec humour les travers des uns, les réactions inappropriées des autres.

Dans  » À l’abri de rien », sa première pièce, Mohamed El Khatib, explorait déjà avec cinq comédiens le thème de la mort dans tous ses états, au fil de « pensées funèbres ». Avec « Finir en beauté », il va encore plus loin : les personnages ont disparu en même temps que les codes classiques de la narration. La représentation ne tient que par une parole, qui combine le récit autobiographique, une réalité redessinée et les éléments d’un paysage fictionnel à peine esquissé.

Dynamitant les codes habituels du théâtre à travers l’absence formelle de décor, de personnages, en osant mettre le deuil au centre de son théâtre, Mohamed El Khattib nous permet en tant que spectateur de traverser le miroir de la simple représentation théâtrale. À la fin de la pièce, il s’éclipse brutalement et ne revient pas saluer. Il nous laisse face au très beau portrait projeté de sa mère, actrice principale de ce récit à la première personne porté par le fils. Comme pour effacer l’acteur, l’auteur, le metteur en scène et laisser chaque spectateur face à la béance du deuil. Au-delà, nous avons aussi assisté à la naissance d’ une double prise de parole : celle de la mère qui ne l’a jamais eue et celle du fils qui continue de défricher son propre chemin de créateur.

Finir en beauté a obtenu le Grand Prix de Littérature dramatique 2016 et a été sélectionné pour le Prix Sony Labou Tansi des lycéens 2017.

Finir en beauté
Texte, Conception & Interprétation : Mohamed El Khatib
Environnement visuel : Fred Hocké
Environnement sonore : Nicolas Jorio

Jusqu’au 26 Novembre au Théâtre Le Monfort

Tournée 2016
Du 5 au 9 décembre, à la Comédie de Caen CDN de Normandie

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