Théâtrorama

Connaissez-vous le point commun entre un pompier et un poète ? Si le premier tripote pompes et lances tandis que le second fricote avec plumes et mots, les deux font œuvre utile, l’un chargé d’éteindre et l’autre de rallumer la flamme. Transposés au féminin, les sapeurs bienfaiteurs deviennent des « PP », alias « Pompières Poétesses », filles du feu nervaliennes et un tantinet espiègles, sauveuses ès envolées lyriques et protectrices de notre patrimoine imagé.

Entrée en scène – deux sautillantes hôtesses du vers délimitent la zone du spectacle à venir, à prompt renfort de petits plots pimpants. Ce sera, pour une heure, leur espace « plot-étique » à préserver, la piste d’un cirque tout en rimes et onomatopées. Robes rouges, rangers noires aux pieds, collants et culottes courtes jaune vif, les voici prêtes à délivrer les premiers secours et à jouer aux troubadours.

Crdt Miguel Rosales
Tout feu tout flamme…
Entrecoupés d’intermèdes musicaux, de citations et d’acrobaties enfiévrées, les numéros fantaisistes, en solo ou en duo, se superposent aux déclamations enthousiastes, aux tours de magie et à quelques scènes d’improvisation. Poèmes français, allemands et russes, traversées des siècles et des courants littéraires, les artistes n’ignorent ni les alexandrins, ni les diérèses, et ravivent les tercets les plus désuets en deux trois « pimpons » bien sonnés.

C’est que les larges poches de ces pompières poétesses renferment une vingtaine de cartes. Au recto de chacune d’elles : le nom d’un poète célèbre ou non ; au verso : un dessin le symbolisant, tracé par le coup de crayon ingénieux de Jérôme Mulot. Ce sera à l’assistance de tirer les cartes du temps, et celles des stances, pour établir l’ordre du programme de la soirée. Rendez-vous au croisement des âges et des pages ; au total, les feux de signalisation passeront une vingtaine de fois au vert, grâce aux vers.

Des constellations pour « illuminer » les strophes de Rimbaud et la prose de Rainer Maria Rilke au cœur de « L’Amoureuse » d’Éluard, du chat baudelairien au singe d’Andrée Chedid, les pompières trinquent aussi à la vodka pour scander du Marina Tsvetaïeva, « vivent, meurent, se brûlent et se noient » tout à la fois aux incandescences ampoulées de Louise Labé, revisitent les didascalies shakespeariennes à l’aide d’un ballon de baudruche prêt à exploser, transforment les vers d’Hugo en dialecte mi-ubuesque mi-burlesque, et remettent même les fables de Jean de la Fontaine au goût du jour, à coup d’argot drolatique et décalé.

L’imagier des Pompières Poétesses, autoproclamées « secouristes de la culture », se déroule tel une bobine sans fin. Et à suivre les feux de ces filles-là, des classiques aux textes contemporains, il est fort à parier que les étincelles littéraires et littérales n’ont pas fini de s’embraser.

Les Pompières Poétesses, de Juliette Allauzen
Mise en scène de Romain Puyuelo, avec en alternance Juliette Allauzen, Delphine Biard, Émilie Chevrillon et Sophie Plattner
Production Les Griottes, coréalisation Théâtre de Poche-Montparnasse
Du 20 septembre au 27 décembre 2014
Le samedi à 17h
Théâtre de Poche Montparnasse

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