Théâtrorama

Feux

Un espace, des mots qui s’embrasent.

L’espace aiguise notre œil, il parle pour nous. C’est, en somme, la première impression qui s’invite lorsque nous nous installons pour assister à Feux. La dernière création de Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma s’attache, en effet, à ouvrir notre regard. La représentation n’est pas encore commencée que les comédiens s’affairent déjà. Enfermés dans un étroit espace rectangulaire, il vaquent à ranger, puis enfin abandonnent. Derrière les épaisses vitres, le peu de leurs affaires, le peu de ce qu’ils possèdent s’étale. Les bruits s’étouffent entre les parois : c’est presque sans un mot que nous balayons leur quotidien rudimentaire.

L’accent scénographique est donné, il ne nous reste plus qu’à profiter alors de son intelligente articulation.
Les deux metteurs en scène nous offrent trois pièces courtes de l’auteur allemand August Stramm, décédé sur le front en 1915 : Rudimentaire, La fiancée des landes et Forces, dans l’ordre de leur écriture.
Le choix est judicieux puisque les trois pièces témoignent de l’étendue des formes traitées par l’auteur, elles peuvent sembler largement dissociables et pourtant…s’unissent naturellement.

Feux

Grâce à ce travail, que l’on peut se permettre de qualifier d’extraordinaire, les hommes sont au centre, modelés par l’espace, façonnés par la lumière. Les vitres mouvront pour étudier avec nous les comportements, souligner l’enfermement psychique. Il sera donc clos pour la première pièce, nous discernerons alors leur folie. Les mots s’envolent, le jeu se teinte d’un réalisme hystérique, dans lequel monte peu à peu la tragédie : aucune échappée ne devient possible. Nous, spectateurs, sommes bouleversés lorsque, le dernier mot épelé par les protagonistes, éponyme du titre de la pièce, surgit enfin. C’est ce qu’il reste, seulement cela, les acteurs se figent et nous observent.

Et puis, on range un peu, on balaie pour entasser sous une table, les assiettes brisées, les quelques objets qui parsemaient la première pièce. L’espace s’ouvre, il ne reste plus qu’un mur symbolique, sur lequel s’appuiera la fiancée des landes. Désormais le silence prime et, bien plus que les mots, les images se fondent successivement en noir, laissant surgir, cette fois, une dimension métaphysique. Se met alors en place, un jeu d’apparitions, puis les traces s’évanouissent, les mots restent en suspens, et nous assistons aux songes, aux angoisses d’une femme.

Feux

Ces angoisses s’accompliront lors de la dernière pièce. Forces réunira alors tous les comédiens, dans un espace ouvert vers le public. Les murs à Cour, à Jardin ainsi que celui de fond sont toujours ces vitres qui pourraient laisser croire à la liberté. Au centre, cette femme élégante qui traverse peu à peu sa folie, entre silences et rires. Elle bouscule les cadres, les explose, elle fait éclater les codes pour commettre l’irréparable, l’inéluctable.

Ces gestes sont-ils volontaires ? Que reste-il de nos paroles ?
Leur inconscient se révèle avec précision dans ce travail. L’écriture n’est plus seulement textuelle. Elle existe pleinement grâce aux dispositifs scéniques. Les metteurs en scène, scénographes, se sont aussi occupés de la lumière, et ils écrivent ici. Ils dessinent et éclairent ce que les mots ne peuvent dire. Les comédiens les façonnent avec finesse, leur hystérie est menée avec précision.
Un travail brodé, dans lequel le fond et la forme se rejoignent sans que l’un n’empiète sur l’autre. Nos sensations crépitent et c’est à nous de quitter l’espace. Sortir du théâtre et écouter nos songes ou évoquer ensemble l’expérience.

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Feux (site web de la pièce)
Mise en scène, scénographie, lumières
Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma
Assistante à la mise en scène : Adèle Chaniolleau, Rémy Barché
Création costumes : Olga Karpinsky
Assistante costumes et habillage : Élisabeth Cerqueira
Assistante lumières : Anne Vaglio, Pauline Guyonnet
Son : Isabelle Surel

Du 27 novembre au 20 décembre 2008, à 20 heures les lundi, mardi, vendredi ; à 19 heures les jeudi et samedi ; à 17 heures les dimanches, (relâche exceptionnelle le dimanche 30 novembre 2008), relâche les mercredis

Théâtre de la Cité Internationale
17, boulevard Jourdan, 75014, Paris
Réservations : 01 43 13 50 50
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  1. Pour découvrir en image les trois pièces de « Feux », vous pouvez retrouver des extraits du spectacle enregistrés lors d’une représentation au théâtre Le Quai à Angers sur http://www.lequai.tv/fr/bdd/video_id/214

    Cécile / Répondre

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