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Mary Prince

Noir. Une lumière douce perce les ténèbres. Une silhouette se détache peu à peu. Le regard impassible. Immobile. La main empoigne fermement le pommeau d’une canne, signe d’une vie rude et peu clémente. Va alors débuter un récit à la fois bouleversant et effroyable.

Mary Prince est âgée désormais. Elle porte une robe constellée de fleurs aux multiples couleurs, comme s’il fallait effacer l’existence misérable et déplorable qui a été la sienne. Au début, pourtant, elle a l’insouciance de sa jeunesse dans ces Bermudes britanniques, archipel peu peuplé, où est pratiqué un esclavage domestique et artisanal.

C’est de là qu’elle provient, fille d’esclaves employés chez Mme Williams, figure idéale de la maîtresse juste. A la mort de celle-ci, son époux, capitaine au long cours souvent absent, n’aura, lui, que faire de tous ces ventres inutiles. C’est la mère de Mary qui la mènera elle-même au marché, où sa fille, palpée comme un quartier de viande, sera vendue moins de 100 livres. Ses deux sœurs seront bradées à d’autres acheteurs. Abominable supplice que d’être ainsi arraché aux siens.

Son nouveau maître, Mr Ingham, est une brute, qui ne manifeste aucune marque de respect envers ceux qu’il considère comme de la marchandise. Adepte de la rigoise (longue lanière de cuir torsadée) qu’il aime manier assidûment, il n’hésite pas à tailler les chairs pour la moindre faute. Dans cet enfer, Mary rencontre Hettie, jeune femme avec qui elle se lie d’amitié. Hettie, travailleuse et aimante, subit sans discontinuer la colère et le fouet d’Ingham. Elle en perdra son bébé et mourra dans des conditions atroces.

C’est Dieu qui va alors sauver une Mary désemparée, le dieu des blancs. Vendue aux Caraïbes, à un propriétaire d’une grande férocité, qui fait travailler ses esclaves comme des bêtes dans ses marais salants, elle trouve la force de se rendre à des réunions méthodistes où elle rencontre son futur mari, un affranchi. Leur mariage, autre forme de soumission pour elle, sera un échec.

Enfermement, séquestration, asservissement et… liberté
La liberté, Mary va enfin l’approcher, l’effleurer, même fugacement, lorsqu’elle va confier son histoire à un membre des mouvements abolitionnistes qui va la retranscrire. Ce sera, dans les pays anglo-saxons, la première publication d’une longue série d’ouvrages. En France, nous attendons toujours.

D’un ton calme et posé qui confère au personnage une grande dignité, ce témoignage factuel, authentique et captivant est donné au public par une comédienne (Souria Adèle, splendide de retenue ) qui a l’intelligence de s’effacer derrière la puissance intrinsèque du récit.

Mary nous rend compte d’une vie qui, dès le départ, est marquée au fer rouge de la souffrance et de la servitude, un endroit d’où l’on ne peut sortir indemne. Seule la parole peut rendre son honneur et sa noblesse à ce terrible destin. Car c’est par sa bouche que tous les esclaves d’hier et d’aujourd’hui, peuvent enfin s’exprimer et briser une bonne fois pour toutes les chaînes du puits de l’oubli dans lequel l’Histoire a tenté de les plonger.

Mary Prince – Récit autobiographique d’une esclave antillaise
De Thomas Pringle (d’après le témoignage de Mary Prince)
Mise en scène : Alex Descas
Avec Souria Adèle
Lumières : Agnès Godard
Crédit photo : Istvan Hatvani
Durée : 1h05

– le 16 octobre 2015 : représentation scolaire à Ozoir la Ferrière
– Le 11 mars 2016 : Atrium de Chaville
– Le 15 mars : scolaire theatre Victor-Hugo de Bagneux
– Le 8 avril 2016 : Saint-Astier en Dordogne
– Le 10 mai 216 ; le Forum de Blanc-Mesnil
– Du 30 mai au 10 juin / tournée en Guyane (Macouria, Saint-Laurent du Maroni, Mana, Cayenne)
– Festival OFF Avignon 2016.

 

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