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La Femme rompue mis en scène par Hélène Fillières

La Femme rompue avec Josiane Balasko au Théâtre HébertotEn plein réveil des mouvements féministes, et avec la prise de conscience actuelle autour de la nécessité d’un changement de société, il peut être fort intéressant d’aller écouter au Théâtre Hébertot la parole de Simone de Beauvoir, pionnière en la matière. La mise en scène proposée par Hélène Fillières est une psychanalyse à cœur ouvert, très juste en regard de la structure du texte, faite de mâchonnements, de retours en arrière, de rabâchages qui aboutissent à l’expression de la plus amère culpabilité et de l’amour le plus nu…

La parole de Simone de Beauvoir

Mais cette psychanalyse est donnée au théâtre et donc par définition à l’attention de tous, ou du moins de tous ceux qui auront eu le courage d’entendre cette parole, et de risquer ainsi de laisser raisonner en eux leurs propres désespoirs, empêchements ou archaïsmes.

Mais il ne s’agit pas ici de s’apitoyer ou de tomber dans une plainte romantique qui confine à l’impuissance. Simone de Beauvoir – en effet – était une personnalité combative, alors le monologue interprété par Josiane Balasko ne doit pas être compris comme une plainte mais bien comme un avertissement lancé aux femmes. Si la mise en scène est suffisamment cohérente pour laisser résonner ce message, en revanche l’équilibre est fragile et une grande partie du projet repose sur les épaules de la comédienne. L’exercice est périlleux, mais elle s’en sort très honorablement.

La parole portée est en effet claire, concrète, limpide. Tout le texte se laisse entendre, y compris dans les passages dominés par une « écoute flottante » chère aux psychanalystes. Le principal est en effet de recevoir à plein le message, de se pencher au dessus des failles de cette femme abandonnée et sans armes, et de comprendre comment elle a pu en arriver là, pour ne pas en arriver là nous-mêmes… Ça marche très bien quand la comédienne est lumineuse, moins quand elle se laisse atteindre par la plainte.

Le texte a quelques défauts de construction, notamment la sensation d’un frottement entre la structure de pensée littéraire de Simone de Beauvoir et l’utilisation d’un vocabulaire gouailleur et populaire. Mais ces défauts sont effacés par le talent et la générosité de la comédienne. Les spectateurs ont alors la possibilité de repartir avec ce que ce texte porte de subversif et de visionnaire.

Ce que vit cette femme rompue est ce qui menace la plupart des femmes – hier comme aujourd’hui – dans une société dominée par un patriarcat obstiné, qui s’est durablement installé dans les inconscients féminins comme masculins. Culpabilité, soumission à l’homme dans un jeu de rôle pré-établi, transmission de mauvaises habitudes, reports de frustrations. Le texte est une ferme invitation à rester éveillées…

 

La Femme rompue
D’après la nouvelle « Monologue » extraite de « La Femme rompue » de Simone de Beauvoir
Mise en scène : Hélène Fillières
Assistante à la mise en scène : Sandra Choquet
Avec Josiane Balasko
Lumières : Éric Soyer
Costumes : Laurence Struz
Scénographie : Jérémy Streliski
Création musicale : Mako
Crédit photos : Pascal Victor/ArtComArt

Vu au Théâtre Hébertot jusqu’au 24 mars
Du mardi au samedi à 19h

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