Théâtrorama

Côté scène, il y a les paillettes, les projecteurs, avec Céline qui chante, qui remercie ses fans. De l’autre côté il y a la vie qui s’englue dans une réalité poisseuse, malodorante. Entre les deux, les mots du magazine de papier glacé qui nous racontent la vie rêvée des uns et le malheur des autres.

Avec « Félicité », un titre en trompe-l’œil, Olivier Choinière considéré comme un trublion de la scène québécoise, cherche des poux, dans la tête de cette société du spectacle, consumériste et friande de scandales, pour mieux en démonter les rouages. La pièce est mise en scène par Frédéric Maragnani, un Français qui se veut « entremetteur » et « constructeur de conversations avec les artistes, leurs mots et leurs images ».

Au départ, on ne parle que d’elle, de Céline qui, avec son mari René, est si heureuse d’attendre ce bébé. Céline, c’est bien sûr Céline Dion, qui n’est ici qu’un prétexte pour dévoiler la vie côté fans. Car ensuite, viennent Caro et ses collègues du supermarché qui vivent suspendus à tout ce que l’on peut lire sur la vie rêvée de Céline dans sa belle maison bordée d’une allée de palmiers à Las Vegas. Et enfin il y a Isabelle qui vit un cauchemar éveillé… On passe d’une vie à l’autre sans transitions, comme entre les pages d’un magazine.

La scène se réduit à un espace central occupé par une grande table éclairée par une lumière au néon. C’est la salle de pause du supermarché où se réunissent Caro et ses collègues. Comme un contrepoint au conte de fée de Céline, leur vie vient s’entrecroiser avec celle cauchemardesque d’Isabelle qui sert d’esclave sexuelle à ses parents et à l’ensemble de sa famille.

On attend qu’il se passe quelque chose, peut-être un miracle comme dans la vie des idoles, mais plus d’une heure durant, on ne fait qu’attendre et La fascination surgit de cette attente ininterrompue. Dérangeant, e spectacle reste dans la tête comme une petite musique triste.

Une mise en scène chorale
Dans cette mise en scène uniquement accrochée aux mots du texte, à la façon d’un chœur, les acteurs se renvoient la balle recoupent les informations, les précisent et font apparaître, entre papiers gras et papier glacé, un univers où la réalité est figée dans une mise à distance implacable.

Inspiré par Guy Debord, Choinière déboulonne les icônes de nos sociétés du spectacle. Il entrechoque les histoires qui, tous media confondus, vibrent des mêmes faux sentiments, pour s’entremêler au final dans la même indifférence.

La mise en scène de Maragnani se garde de toute émotion. En inventant ce qu’il a appelé « un théâtre qui parle », il soumet le spectacle et les comédiens à la seule oralité, avec un texte à cru et sans filtre. Agglutinés avec les acteurs, dans ce rond de lumière froide et sans fioritures, les spectateurs se trouvent peu à peu ficelés par l’omniprésence d’un texte auquel il est difficile de se soustraire. Le rêve n’a rien d’inaccessible, il est tout simplement inexistant.

[note_box]Félicité
D’ Olivier CHOINIÈRE
Mise en scène : Frédéric MARAGNANI
Avec Anne Benoît, Rodolphe Congé, Jean-Paul Dias, Crystal Shepherd-Cross
Crédit photo : Eric Legrand
Durée : 1 h 20
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