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Une famille aimante mérite de faire un vrai repas

Une famille aimante mérite de faire un vrai repas de Julie AminthesUn visage régulier, des yeux pétillants et une apparente douceur, Julie Aminthe ne laisse rien paraître des histoires qu’elle trimballe dans sa tête. Une écriture au vitriol qui dévoile les situations sans avoir l’air d’y toucher, un humour grinçant qui fait mouche et une première pièce, Une famille aimante mérite de faire un vrai repas, dont le titre à rallonge revient comme un leitmotiv.

Mis en scène par Thibault Rossigneux, le dit repas tourne à la guerre de tranchées et conduit la famille aimante, bien sous tous rapports, vers l’implosion. C’est Noël, la famille Lemorand nous accueille par un Petit Papa Noël plein de tendresse. Pourtant dès les premiers mots se font jour les premiers grincements, fendillant les apparences malgré les efforts des uns et des autres. Dans la famille Lemorand, demandez le père. Victor Lemorand… au chômage : vous avez toutes les chances de le retrouver à la cuisine en train de briquer un évier en inox rutilant. Maniaque à l’excès, il fait la chasse à la moindre saleté et au moindre désordre, deux détails qui le font rugir de colère. Et puis il y a la mère, dont la passion dévorante pour ses enfants frise l’incestuel et vous met mal à l’aise dès la première scène. Se débrouillant comme ils peuvent, on trouve Justine la fille et Gabriel le fils qui hésitent entre l’envie de fuir et le désir de rester. Au loin, Amélie, la grande fille que l’on se contente d’évoquer en grinçant des dents et qui a aujourd’hui, « sa famille aimante à elle » et peu de temps pour revenir les voir. Et puis, il y a les secrets inavouables, les non-dits et les petits chantages à l’amour. La famille est prête à passer à table…

La famille Lemorand appartient à la classe moyenne avec des problèmes de classe moyenne, malgré des comportements parfois singuliers. Dans Une famille aimante mérite de faire un vrai repas l’extérieur n’existe pas et tout se joue dans l’étroitesse d’un appartement aux carreaux et aux meubles noirs et blancs avec lesquels, dans leurs vêtements noirs et blancs le couple se confond. Du moins au début. Les enfants tentent de se singulariser comme ils peuvent, par des vêtements de couleur justement. Ici rien ne bouge puisque chaque action de cette maison ne peut qu’apporter le bonheur : le repas, les lingettes, le nettoyage. Le plateau est une scène tournante et on tourne en rond avec lui, passant de la cuisine au salon, du salon à la chambre du garçon, puis à la salle de bains. Les brusques colères du père, les remarques acides de la mère ou les énervements du fils, vont peu à peu fissurer les apparences jusqu’à la déflagration finale qui laissera chacun démuni et hors de lui-même. La souillure est contagieuse et c’est dans la famille que la menace est la plus flagrante.

Une famille aimante mérite de faire un vrai repas quitte à se couper l’appétit

Une famille aimante mérite de faire un vrai repas de Julie AminthesL’étouffante référence à la norme d’Une famille aimante mérite de faire un vrai repas… Thibault Rossigneux avait entamé avec Corps étrangers, sa précédente mise en scène, un questionnement sur l’étouffante référence à la norme, il le poursuit ici en jouant sur les archétypes du père protecteur, de la mère aimante…Peu à peu, des glissements successifs de situations et de paroles font tomber les masques : la mère boit en cachette, le père récure pour se sentir exister ou ne pas céder à ses pulsions, la fille a des tendances suicidaires et le fils des envies de meurtre. L’extérieur n’existe que par les dangers qu’il représente : la crise, les mauvaises rencontres, l’inconnu…

La pièce Une famille aimante mérite de faire un vrai repas  est traitée comme « une machine à jouer » qui fait la part belle aux quatre comédiens qui, relevant le défi de situations totalement déjantées, s’acheminent petit à petit vers le délire avec un naturel désarmant. L’humour naît du décalage progressif entre les gestes simples du quotidien, les situations apparemment normales et la folie qui s’empare des personnages. Utilisant l’espace, y compris dans sa verticalité – grâce aux talents de cordiste de Pauline Dau qui joue le rôle de la fille – Rossigneux chorégraphie chaque séquence pour scander l’intrigue et jeter le trouble. La famille aimante n’est qu’un rouleau compresseur qui écrase toute les velléités de liberté. Et pour cause… Car comment faire face à ses révoltes, à ses propres désirs ? Comment dépasser ses peurs dans une famille où « le Xanax est une marque de confiance » ?

Une famille aimante mérite de faire un vrai repas
De Julie Aminthe
Mise en scène : Thibault Rossigneux
Scénographie : Thibault Rossigneux et Xavier Hollebecq
Costumes : Camille de Galzain
Lumière : Xavier Hollebecq
Avec Élisabeth Mazev, Philippe Girard, Pauline Dau, Anthony Roullier
Durée : 1 h 30

Jusqu’ au 28 Mai 2016 au Monfort Théâtre

En Tournée :

Le 31 Mai : Le Tricycle -Grenoble

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