Théâtrorama

Deux hommes sont prisonniers d’un immeuble qui vient de s’effondrer. Séparés par un mur, ils échangent leurs impressions puis se racontent leur vie en attendant les secours. Des vies aussi fragiles que ce mur mitoyen qui menace de s’écrouler à tout instant.

Un bruit assourdissant saisit le spectateur. Le rideau se lève sur un champ de ruines. Un immeuble vient de s’effondrer au-dessus d’un supermarché. Des nuages de poussières font tousser nerveusement. Deux ombres bougent au milieu des gravats… Un homme massif, en costume cravate, cherche à se relever. Sa jambe est en sang. De l’autre côté d’un mur, lézardé de toute part, git un autre homme. Plus jeune, plus décontracté, ce deuxième rescapé s’extirpe à son tour des plâtras. Les voix se rencontrent : « Qu’est-ce qui s’est passé ? », questionne le cadet. « C’est tombé », répond l’autre sur un ton bourru et caustique. Son nom est Max. Il est comptable dans une société de distribution. Époux aimant et délaissé, père malheureux, il se console dans l’alcool. Son compagnon d’infortune s’appelle Lubin, « Lubin de l’essence » comme il dit. Il est pompiste et ne devait pas se trouver là ce mercredi. Mais il a un secret : « la 14 », une caissière dont il est amoureux et qu’il a du mal à approcher. Tout oppose ces deux êtres dont le seul point commun est la solitude. En attendant les secours, les deux hommes essaient de partager leurs rêves et leurs angoisses. Dans cette antichambre de la mort, l’heure est au bilan et bientôt aux confidences.

Un enfer pavé de talents
Le dieu du ballon rond qui foule pour la première fois les planches d’un théâtre aiguise bien sûr toutes les curiosités. On le savait à ses heures poète, peintre, acteur… le voilà maintenant comédien. Et alors ? Une fois de plus, Éric Cantona rayonne par son talent et son charisme, qui transcende son personnage désabusé et à l’agonie. Il n’est certainement pas facile pour deux comédiens de se donner la réplique sans se voir. Il faut l’enthousiasme et la virtuosité d’un Lorant Deutsch pour porter un Cantona débutant et un huis clos extrêmement figé. « Face au paradis », pièce de Nathalie Saugeon, est finement mise en scène par Rachida Brakni (compagne de Cantona), dans un décor écrasant – au propre comme au figuré – et d’une magnifique complexité. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec le séisme d’Haïti… Terrifiante coïncidence qui fait réfléchir sur le sort de ces milliers de gens prisonniers des monstrueux éboulements. Pendant une heure et demie, coincé dans ce purgatoire théâtral, le spectateur se laisse envahir par les répliques fortes, parfois drôles et souvent émouvantes. On ne peut s’empêcher d’avoir les yeux un peu humides au moment de la déclaration finale de Max/Cantona. Au milieu des petites phrases imagées dont il a le secret, Éric Cantona a un jour déclaré : « Un artiste, c’est celui qui a le don d’éclairer une chambre noire »… Il le prouve au théâtre Marigny.

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] Face au paradis (site web)
De Nathalie Saugeon
Avec Eric Cantona et Lorant Deutsch
Mise en scène de Rachida Brakni, assistée d’Annette Barthélémy
Décor de Jean-Marc Stehlé
Costumes d’Arielle Chanty-Stevenet
Lumières de Katell Djian
Musiques de Sylvain Jacques
Du 26 janvier au 27 février 2010
Du mardi au samedi à 21h et samedi à 17 h

Théâtre Marigny, salle Popesco
Avenue de Marigny, 75008 Paris
Location : 0 892 222 333
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