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Extinction

En 1986, Thomas Bernhard publie Auslöchung (Extinction) trois ans avant de mourir. Cette œuvre est fondamentale pour Thomas Bernhard car il entend mettre un terme à des dissonances que les années d’opprobre ont véhiculées. Il entend laver l’affront de ce pays qui fut le sien, de ce berceau d’où l’indicible en est sorti. Il faut éteindre cette honte, provoquer l’extinction. Le ver est dans le fruit. Il faut l’anéantir.

Franz-Josef Murau, le narrateur, Brebis galeuse de la famille, ne se reconnaissant pas dans les valeurs familiales, a fui sa ville natale de Wolfsegg pour Rome où il habite désormais. Au moment où il apprend la mort de ses parents et de son frère, il se remémore sa vie passée. Tout lui revient en mémoire et il se vide espérant une libération de sa conscience. Il vomit cette période honnie. Sa jeunesse passée ou il lui était interdit de lire les ouvrages de sa bibliothèque. A quoi bon s’imprégner « des idées aberrantes » ! Un héritage douloureux dont les idées nationales socialistes sont partagées par la famille. A l’exception d’un oncle raffiné, Georg, qui partage avec lui sa vision de la culture. Le narrateur se souvient, s’emporte sur le pacte avec le diable que ses parents ont signé. Il perdurera après la fin de la guerre. Ses parents cacheront ces anciens nazis dans la maison des enfants. Ce lieu où Franz-Josef y passait son temps. Ce sacrilège est insupportable. Son enfance est souillée à jamais.

Maintenant ses parents ne sont plus que des dépouilles qui attendent des funérailles conduites par ces Obersturmbannfühers. Il lui est impossible de revenir. Mais il sait qu’exagérer les choses rendent les choses plus vivantes !  « Exagérer permet de surmonter l’existence ! ». Peut être ne s’agit-il que de l’apanage de vieux fous pour survivre. Comment renier complètement ses parents ? Mais au fond procéder à l’extinction revient par cette narration à éclabousser de honte une Autriche baignant dans des tréfonds nauséabonds. Suivre un tel raisonnement revient à se désintégrer lui-même, à ne plus être. Mais le narrateur ne peut renier sa vie. Mais comment se démarquer et briser à jamais ce miroir qui lui renvoie cette image putride par delà les années ? Franz Josef trouve alors une idée dévastatrice qui lui assurera son salut en assurant d’une façon définitive l’Extinction : léguer Wolfsegg à la communauté juive de Vienne !

Un monologue obsessionnel
Cerné par trois projecteurs, Serge Marlin lit les notes de Thomas Bernhard. Il ne se contente pas de les lire, il les vit. Il réussit à nous entrainer dans un imaginaire où les vies s’entremêlent. Serge Marlin nous captive pendant quatre vingt dix minutes, assis sur son siège. Nous sommes rivés à ces mots qui tombent. Ces mots hésitants, hilarants, menaçants, envoutants et touchants. Parfois sa voix se brise. Nous retenons notre souffle. Nous ressentons la douleur. Nous la partageons. Serge Marlin connaît parfaitement le répertoire de Thomas Bernhard et il nous gratifie de son grand talent en nous faisant parvenir les bruits et la fureur de cet effondrement. Une obsession vécue comme un substrat nécessaire à cette Extinction tant attendue !

[slider title= »INFORMATIONS & DETAILS »] Extinction (site web)
Thomas Bernhard
Avec Serge Merlin
Jusqu’au 30 mai
Du mardi au vendredi à 19h, dimanche à 18h

Théâtre de la Madeleine
19 rue de Surène
75008 Paris
Réservations : 01 42 65 07 09
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