Théâtrorama

Texte en main, les quatre comédiens déambulent sur l’avant – scène, avec en fond une forêt de cordages qui occulte le plateau. La lumière est restée allumée dans la salle et les comédiens disent un texte qu’ils semblent découvrir. Des phrases inachevées, des réflexions sur le vivant, des questions : qu’est-ce qu’un père? Qui suis-je lorsque je suis issu de la fécondation in vitro ? Le spectateur reste indécis sur ce qu’il est en train de voir. Quoi en fait ? Peut-être un spectacle en train de naître après tout.

Comme ils l’ont déjà fait en 2005 autour des Variations Darwin, le neurobiologiste Alain Prochiantz et le metteur en scène Jean-François Peyret se sont associés à nouveau pour interroger à la fois la science et le théâtre. On pourrait craindre la prise de tête, il n’en est rien, le texte plein d’humour maintient le spectateur dans une curiosité et un éveil constants .
La mise en scène de Jean-François Peyret avance par sauts dans le temps, s’appuie sur les coqs -à- l’âne de la pensée et le raccourci des clichés. Aucune réflexion triviale, naïve ou scientifique n’est évitée autour de l’éternelle question des origines.

Prenant pour thèmes de réflexion la naissance, l’origine du vivant, la grossesse médicalement assistée…ils déroulent un texte sans personnages et sans fable clairement définis, dans lequel la théâtralité et la poésie se nourrissent de la réflexion intellectuelle. Les comédiens agissent en choralité et deviennent porteurs des fragments d’une histoire en spirale qui emprunte différents chemins à la recherche d’un sens.

Vertiges de l’origine, et moi, et moi, et moi…
Qu’est-ce que naître aujourd’hui lorsque mes parents sont stériles ou homosexuels ? Qui suis-je lorsque je ne suis pas né d’un rapport amoureux, mais de la rencontre d’un ovocyte et d’un spermatozoïde au fond d’une éprouvette ? Que mon père est un donneur de sperme anonyme ou ma mère, une mère porteuse que je ne connais pas?

Perdus – sans superstition ! – parmi des guindes – très belle scénographie de Nicky Rieti – les comédiens évoluent dans une sorte de jungle où chaque question voit surgir une autre question. Dieu, la science, et moi dans tout ça ? Le spectacle se déroule selon un rythme lancinant qui sait ménager les silences.
La lumière et la musique sculptent l’espace scénique, le creusent et font surgir des personnages fantasmagoriques, issus de cette « folie » questionnante qui, du clonage à la manipulation génétique, remet en question l’idée même de nature, de généalogie ou d’inconscient.

À la fin de la pièce, la scène ressemble à un rivage où, dans le grouillement des guindes tombées les unes après les autres, ne reste qu’un seul fil, celui de la vie qui unit l’homme à son destin et le conduit à la mort. À moins que ce fil ne soit le cordon ombilical qui relie l’homme sur la terre à un ciel inexistant. Sur ce rivage de début ou de fin du monde, quatre humains continuent de creuser avec leurs ongles dans l’informe pour dégager une réponse à leur quête.

Lorsque tout est fini, il ne reste rien hormis la poésie, le mythe, comme une trace de notre passage.
Malgré le détour compliqué par les explications scientifiques ou le questionnement métaphysique, le mystère reste entier. Qui suis-je vraiment entre le moment de ma naissance et celui de ma mort ? Et si Shakespeare avait raison ? Peut-être sommes-nous seulement des êtres fabriqués avec l’étoffe de leurs rêves.

[note_box]Ex vivo, in vitro
De Jean-François PEYRET et Alain PROCHIANTZ
Mise en scène : Jean-François PEYRET
Scénographie : Nicky Rieti
Musique : Alexandros Markeas
Lumière: Bruno Coubert
Avec : Jacques Bonaffé, Yvo Mentens, Pascal Ternisien, Anne-Laure Tondu[/note_box]

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