Théâtrorama

C’est à un pur moment de bonheur (des deux côtés du rideau) que Fabienne Guyon et ses deux formidables musiciens nous convient grâce à ce spectacle qui dépasse largement le stade de l’hommage à Boris Vian. Guettez si elle passe près de chez vous !

Son nom n’a guère les faveurs des ondes. Trop de talent, trop de fraîcheur : pas très cathodique, tout ça… Loin de ces pseudo écorchés vifs trimballant sur toutes les chaînes leurs états d’âme avec ostentation, loin de ces pauvres hères jouant de morosité et de vulgarité, comme si la première rendait intelligent et la seconde appelait la distinction, la fraicheur d’une artiste comme Fabienne Guyon ne tient pas dans la petite lucarne. Il lui faut l’espace d’une scène pour s’exprimer.

Elle les foule depuis plus de vingt ans, les scènes. Sa fiche biographique à de quoi donner le tournis. Certains se souviennent même peut-être d’elle, il y a un quart de siècle déjà, lorsqu’elle créa une fort jolie chanson pour les besoins d’un film avec Mireille Darc et Pierre Mondy, « Si elle te dit oui, ne lui dis pas non ». Sûr qu’on n’a pas envie de lui dire non…

Elle défend en ce moment un spectacle sur Boris Vian qui dépasse largement l’hommage au père du « Déserteur ». Plus qu’une création, une recréation. Une récréation aussi. Sous la bannière du pur divertissement pleinement assuré, Fabienne Guyon, entourée de deux musiciens largement présents en dehors de leur partie purement instrumentiste, va en effet faire pétiller ce génial auteur de cinq cents chansons. Certaines sont aujourd’hui des standards qu’on connaît par cœur, grâce à Vian lui même mais aussi Reggiani, Mouloudji ou encore Magali Noël.

Du rire à l’émotion
La voix de Fabienne Guyon fait le reste. Une voix puissante qui se refuse de transformer pourtant la scène en gueuloir. Le métier est là, la facilité est déconcertante et le plaisir total. Le sien, le nôtre, étroitement liés. Du rire à l’émotion, le delta est large. Tous ces textes nimbés de surréalisme loufoque (« Natacha »), de hargne misanthropique (le tonitruant « Tango des bouchers »), d’une intemporelle actualité (le bouleversant « Déserteur » où la musique se fait quasi incantatoire) explosent d’une jubilatoire énergie grâce à cette voix cristalline.

Certains vont découvrir dans des conditions idéales cet authentique poète. Quelques rires dans la salle : tiens certains ne connaissent pas encore l’hilarante « Java des bombes atomiques » ou le cinglant « J’suis snob ». Avec dignité, beaucoup de drôlerie, Fabienne Guyon se fait la modeste passeuse d’un relais entre Vian et ceux qui l’aiment ou le découvrent. Et propose au milieu des grands titres quelques perles moins « tubesques ». Ainsi « Barcelone » balade aux orchestrations qui nous transportent sous les brises chaudes de la Catalogne. Ainsi « La rue Watt », lieu chéri de Vian qu’il donna à chanter par un autre, comme pour se détacher de l’autobiographique. Au milieu des chansons, quelques aphorismes drôlissimes, quelques proverbes pataphysiciens vont cimenter l’ensemble, lui offrir cette superbe homogénéité, cette tenue scénique parfaite. Quand cette rigueur est là, la fantaisie a toute liberté !

[note_box]Et Vian à nous trois
Avec Fabienne Guyon (voix), Yves Martin (contrebasse) et Jean-Pierre Solvès (cuivres, vents et percussions)[/note_box]

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