Théâtrorama

Papiers, stylos, tableau noir, des chaises autour d’une table, des tabourets, un écran de projection, dans le fond une chaise haute, à l’avant-scène, un fauteuil isolé dans une lumière…Tout est en place, à portée de main pour imaginer, laisser les idées jaillir, créer  et raconter une histoire…Cela fait plus de vingt ans que les acteurs de la Compagnie du Théâtre El Duende écrivent ensemble et créent des spectacles enlevés où la danse et la musique incitent  à la réflexion, dans une ambiance joyeuse. 

“Et là-haut, les oiseaux…”, leur dernier spectacle n’échappe pas à la règle. Plus d’une heure durant, nous voilà captés par le mouvement sur le plateau. Par leur enthousiasme communicatif les 8 comédiens et les 4 musiciens, dans un jeu inventif, emportent le public dans un tourbillon de poésie et d’humour.

Je…Nous…Vous…Ils… 

Tout commence par un coup de fil. Quelle aubaine pour la compagnie de théâtre lorsqu’elle reçoit la commande d’une pièce assortie d’une subvention conséquente ! Le défi est de taille : comme Dieu qui créa le monde en sept jours, ils doivent créer leur spectacle en respectant la même durée. Thème imposé : la peur.  Aussitôt les idées fusent, fusionnent, la musique se met en place pour les soutenir, les mots s’accordent, les corps se mettent en mouvement…L’histoire jaillit enfin : celle d’un immeuble. À chaque étage des habitants différents: un autiste au rez- de- chaussée, une mère divorcée et ses deux enfants qui jouent à se faire peur, des colocs Erasmus, plus haut un rentier hyper-connecté, un couple composé d’un poète arabe et de sa femme aveugle, trois soeurs paranos, un militaire autoritaire et son fils, et au tout dernier étage un immense appartement encore vide qui accueillera plus tard des réfugiés climatiques. Et là-haut, tout là-haut, les oiseaux qui survolent toutes ces histoires…  

Est-il encore possible de créer ensemble ? D’écrire ensemble ? De faire ensemble un spectacle où chacun trouve sa place en respectant totalement la création de l’autre ? À quel moment “je, tu et ils” deviennent-ils “on” ?

Les idées se matérialisent sous forme de dessins, ou de mots qui apparaissent dans leur jaillissement sur un écran. La poésie naît de pliages, de marionnettes, d’un tissu immense qui nous conduit sur la mer déchaînée avec des enfants qui fuient la guerre ou la misère. Au centre du plateau nu, des sièges, des tabourets recréent l’espace sans arrêt . Le fond et l’avant de la scène constituent des espaces particuliers, le premier pour asseoir le conte, le second pour monologuer, asseoir la réflexion. 

Un côté est occupé par un immense frigo, symbole de l’opulence, de la bonne santé morale et financière des créateurs et qui se vide au même rythme que la subvention de départ diminue.  

En tissant des liens entre les personnages de leur histoire, les comédiens rendent compte de leur façon de créer au sein d’un collectif. Autour de la thématique de la peur surgit le monde qui nous entoure, les expériences tragiques de l’existence issues de la guerre, de la peur de l’avenir, de la peur de l’autre, de nos limites et de nos angoisses. “El duende”  , ce mot espagnol, qui a donné son nom au théâtre, se traduit littéralement par le mot “lutin, farfadet, diablotin”. Il désigne aussi le charisme particulier qui émane de certains musiciens ou danseurs de flamenco. Au-delà de la raison, le concept englobe aussi les émotions que tout artiste provoque chez son public par son interprétation. Dans cette confrontation avec le collectif, ces lutins- créateurs de mythes et d’histoires, incluent le public avec qui ils partagent cette émotion si particulière du duende. L’humour met à distance la réalité des peurs fantasmées ou réelles et finit par ouvrir un espace de partage avec l’autre. Face à un futur forcément vacillant et incertain, raconter des histoires ensemble revient “à danser la fin du monde”, à créer un rempart à l’effondrement qui nous menace, à se réchauffer à la chaleur de l’autre, tout en maintenant le rire au milieu des larmes.

  • Et là- haut, les oiseaux…   
  • Écriture collective de la compagnie du Théâtre El Duende
  • Direction musicale et Piano : Anita Vallejo 
  • Musiciens : Pascal Camors(Trompette), Oléna Powichrowski (Flûte/Saxophone) Luis Pradenas (Guitare)
  • Avec (en alternance) : Louise Bauduret, Mathieu Cabiac, Angèle Canu, Andrea Castro, Sebastian Castro-Vallejo,  Naïlia Chaal,  Mehdi Kerouani, Sebastien Naud,  Anita Vallejo 
  • Jusqu’au 07 décembre au Théâtre El Duende

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