Théâtrorama

Née à Skopje, en Macédoine, Žanina Mirčevska est une auteure très jouée dans de nombreux pays d’Europe et aux États-Unis. « Esperanza » est sa première pièce traduite et jouée en France, dans une mise en scène de Patrick Verschueren.

« Lorsque j’écrivais cette pièce, dit l’auteure, je ne pouvais m’empêcher de regarder ce monde comme un « cirque », un monde où les images de la guerre s’enchaînent avec une publicité pour la lessive ». La pièce est donc construite sur un fond farcesque qui, peu à peu, nous emmène vers le grotesque. En 19 tableaux, nous voilà embarqués sur Esperanza, un paquebot de luxe, en route vers Caracas, avec à son bord le microcosme d’une humanité en déshérence.

Parmi les passagers, il y a tout d’abord celle qui fascine le Capitaine, la femme du docteur, lointaine et quasi muette, qui passe de longues journées, appuyée au bastingage à contempler la mer. Le couple qu’elle forme avec son bossu de mari ne manque pas de faire jaser. Autour du couple étrange et mystérieux, viennent s’agglomérer des femmes et des hommes en mal de séductions adultères et jaloux les uns des autres, qui caquètent, se poussent du col pour être invités à table du Capitaine. Ils mangent, boivent et surtout vomissent beaucoup à cause du mal de mer. Tout ce beau monde déambule sur le pont, prêts à se battre pour aller contempler les appareils du Capitaine, sous le regard de l’équipage qui ne manque pas d’y aller de son commentaire, tout en se contentant de servir et de rêver sur les usages de ceux qui appartiennent à  » la haute ». Ne pas oublier non plus que tout ce joli monde fuit l’Europe. Financiers véreux, profiteurs de tous bords et surtout un grand criminel de guerre n’ont pas la conscience tranquille.

Une espérance en forme de naufrage
« Esperanza » est aussi un conte philosophique et drôle et Patrick Verschueren le déroule comme une sorte de cabaret « à la brecht » où tout se construit à vue, avec un minimum de moyens qui se réduisent à quelques accessoires et éléments de costumes. Un unique rideau noir en fond de scène induit les changements de lieux avant de se lever définitivement sur une dernière histoire destinée aux poissons qui, c’est bien connu, ne s’intéressent pratiquement jamais aux histoires des hommes.

L’insertion de chansons et de moments musicaux, dans ces histoires enchevêtrées, offre de vraies échappées vers l’imaginaire. Pourtant malgré les talents réunis, dans certaines transitions, la mise en scène peine quelquefois à trouver les points d’accroche et les lignes de force d’ un texte un peu flottant et qui ne va pas assez loin dans certaines propositions dramaturgiques.

Six comédiens-musiciens,danseurs prennent tous les personnages en charge avec une belle énergie. Travaillant de façon chorale, les personnages émergent d’un chœur, parfois étranges et souvent caricaturaux. Ils finissent par constituer une microsociété qui s’épie et se critique au milieu de vagues de plus en plus hautes et glissant vers une moralité de plus en plus aléatoire.

Jusqu’au bout, tel un nouveau Titanic qui fuirait les « noirs secrets du monde », l’histoire se dit, se chante, se danse alors que le paquebot Esperanza vogue vers Caracas pour échapper à la fin d’un rêve européen où les lumières se sont éteintes.

[note_box]Esperanza
De Žanina MIRČEVSKA
Traduction de Maria BEJANOVSKA
Mise en scène : Patrick VERSCHUEREN
Scénographie : Ludovic BILLY
Musique originale : Philippe MORINO
Avec : Sébastien Albillo, Jean-Claude Bourbault / Olivier Cherki, Rébecca Finet / Elsa Tauveron, Gersende Michel, Maya Vignando, David Van De Woestyne
Durée: 1h30
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