Théâtrorama

Escales

Avec la poésie qui respire de tout son être, Vadim Piankov fait vibrer des salles entières de son accent russe et de sa voix aux chaudes tonalités en interprétant, au milieu de ses propres compositions les symbolistes de son pays natal et quelques autres de la terre qui l’a accueilli. Un voyage hors du temps et sans frontière…

Certains ont appris le français en usant leur fond de culotte sur un banc d’école ou d’université. L’envie de connaître notre langue chez d’autres est venue d’un besoin viscéral de la faire leur pour comprendre la force des mots transcendés par un chanteur écouté à la radio ou sur des disques. Les poètes se reconnaissent probablement entre eux et ce n’est pas un hasard si Vadim Piankov a fait ses débuts dans l’apprentissage de notre langue en l’entendant chantée par Jacques Brel. Celui-là même qui ironiquement évoquait dans les « Remparts de Varsovie » une madame qui « promène son accent russe avec aisance »…
Son accent russe, Vadim Piankov ne se contente pas de le promener. Il le ballade, plutôt. Avec deux « l », bien sûr… Sans chercher à en jouer, car il n’est pas de cette trempe de snobinards folkloriques qui s’acharnent à marquer leur différence linguistique, il le fait rouler sur les mots. Les mots de Brel, de Blok, de Vissotski, de Pouchkine, d’Aragon, d’Okudjava, ce « Brassens russe » ainsi qu’on nomme communément ce magnifique poète d’origine géorgienne. De la Russie au plat pays. Du Languedoc à l’Auvergne en passant par les impétueux torrents et cimes éternelles du Caucase. Mots russes. Mots français. Mots néerlandais, aussi. Sans frontière, sans barrière, Piankov emprunte d’autres voies.

Blok, Pouchkine, Aragon
Sous le charme ravageur de son regard profond et profondément romantique (mais romantique à la russe !), le public découvre un authentique artiste. Ce n’est pas un vain mot dans son pays où l’art fut si souvent la plus prégnante des dissidences. Il ne suffit parfois que d’un piano et d’une voix. Comme d’un fait exprès, ils sont deux Vadim à nous proposer ce duo. Sur scène, c’est presque de la gémellité, tant la complicité s’impose. Vadim Piankov et sa voix chaude, caverneuse, tantôt rageuse tantôt mélancolique qui va chercher au plus profond la quintessence des vers des deux Alexandre (Blok et Pouchkine), du grand Jacques et des autres. Vadim Sher, lui, silencieux mais à la virtuosité pianistique impressionnante, rompt son mutisme pour un duo qui reflète admirablement le romantisme teinté de virilité du peuple caucasien avec la sublime « Chanson géorgienne » d’Okudjava.

Loin de tout folklore, leur spectacle s’appelle « Escales ». Comme un point d’amarrage le temps d’un concert. On ne retient pas les poètes. Il faut profiter de leur présence tant qu’ils sont là. Le temps suspend son vol une heure et demi durant. Un café russe embrumé d’alcools, un célèbre port de la mer du Nord, un aéroport où se déchirent les amants, un célèbre pont parisien : autant de lieux que ces poètes chanteront, parvenant à faire oublier les originaux sans pour autant les parjurer, en s’en appropriant toute la puissance évocatrice, mélodique, prosodique, mêlant, entremêlant même, les langues qui n’en font finalement plus qu’une : la leur.

[note_box]Escales
Avec Vadim Piankov (voix) et Vadim Sher (piano)
Sur des poèmes de Pouchkine, Blok, Vissotski, Brel, Apollinaire, Brassens, Aragon…
Photo : Joël Mathieu[/note_box]

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