Théâtrorama

C’est un très joli moment de théâtre que propose ce spectacle dont l’élégance du texte est servie par un trio de comédiens épatants, sur un sujet qui évite habilement les sentiers battus.

L’affiche, une devanture verte de librairie sertie dans un immeuble rouge aux volets bleus, fleure bon le midi. Les amateurs de la Ville rose ne s’y tromperont pas. Ca sent cette douceur méridionale sur laquelle le temps semble renoncer à toute prise. Mais que se passe-t-il dans l’arrière boutique ? N’y cultive-t-on pas ses arrière-pensées, à l’instar de la fleuriste du « Triporteur » de René Fallet ?

Rémi et Claire semblent filer le parfait amour. Très sûr de lui, il impose à son épouse ses soucis de boulot sans vraiment se préoccuper de ce qui constitue son quotidien à elle. Un jour, elle le quitte brutalement et part se réfugier dans la librairie de David, qui l’embauche, avant de disparaître pendant six mois. David prend alors la place de Claire dans les rayonnages de bouquins…

Tout peut laisser présager une énième histoire d’amour qui finit mal comme on en voit si souvent, avec les sempiternels rabibochages précurseurs de nouvelles crises. Ce classique canevas vole ici en éclats. Isabelle Cote a su éviter les sentiers mille fois battus des déboires conjugaux d’une part en mêlant à son texte beaucoup d’humour en dépit des drames intérieurs des protagonistes, d’autre part en construisant des personnages suffisamment décalés pour qu’on ne s’y identifie pas en permanence.

Une hilarante scène de… rupture !
Ecrit avec beaucoup d’élégance, le texte regorge de drôlerie et d’originalité. On retiendra par exemple l’hilarante scène de rupture, même si, sous le vernis de l’humour, elle cache des fêlures qui finiront par voir le jour. Ce même type de fêlure que l’on retrouve chez David, auquel Eric Savin apporte une extraordinaire humanité, réfugié dans les livres, vivant par procuration (même si elle porte les noms de Tolstoï ou Tolkien) pour mieux garder enfouies les blessures du passé. Tous deux, qu’un amour platonique semble unir (ainsi que le suggère une annonce d’embauche menée comme une demande en mariage), de même qu’entre les deux hommes (ah, la belle déclaration d’amour de Rémi à David !), laissent progressivement sourdre le trop-plein de fragilités et de désespérance, une fois franchi le rempart de la confiance mutuelle.

Présenté sous forme de courtes saynètes avec transitions musicales habilement choisies (« Only you », « With or without you » pour ne citer que ces deux-là) et mené par trois comédiens en grande forme, ce joli moment de théâtre qu’abrite un décor de librairie d’antan, loin des supermarchés du livre d’aujourd’hui, fait vibrer la culture et les cœurs dans une harmonie de talents et d’intelligence que les deux metteurs en scène chevronnés que sont José Paul et Agnès Boury ont su parfaitement coordonner.

[note_box]Entre deux ils
D’Isabelle Cote
Mise en scène : José Paul et Agnès Boury
Avec Lysiane Meis, Bernard Malaka et Eric Savin
Scénographie : Edouard Laug
Lumières : Laurent Béal
Costumes : Brigitte Faur-Perdigou
Son : Stéphane Moncuit
Accessoires : Nicolas Danemans
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