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Élodie Menant met en scène La Peur de Stefan Zweig

Élodie Menant met en scène La Peur de Stefan ZweigÉlodie Menant adapte « La Peur » au Théâtre Michel – Irène tourne en rond et parce qu’elle s’ennuie, elle essaie de sortir son avocat pénal de mari de ce dossier urgent qui n’en finit pas. Il travaille trop, il la délaisse et pour échapper aux demandes de sa femme, Fritz finit par se réfugier dans son bureau. Irène se précipite sur le téléphone et donne rendez-vous à son amant Édouard, musicien en vue qu’elle a rencontré à un concert.

Un soir, alors qu’elle quitte son amant, Elsa interpelle Irène en prétendant être la petite amie de ce der¬nier. Elle interdit à Irène de le revoir et lui réclame de l’argent en échange de son silence… Dès lors, Irène va vivre dans la hantise que son mari apprenne sa liaison.

Comme une spirale infernale

Élodie Menant met en scène La Peur de Stefan ZweigLa nouvelle de Stefan Zweig comporte une cinquantaine de pages, comprenant très peu de dialogues et d’informations sur les personnages. S’appuyant sur la description que fait Zweig, avec la précision qu’on lui connaît, des sentiments de culpabilité, d’angoisse et de désarroi, Élodie Menant écrit une adaptation vivante et non illustrative qu’elle met en scène avec une grande finesse dans sa direction d’acteurs.

Trois magnifiques acteurs – Hélène Degy, Aliocha Itovich, Ophélie Marsaud – portent cette histoire à son paroxysme avec élégance et conviction. Ils nous plongent dans l’atmosphère des années 50, à l’aube de la naissance de la société de consommation avec ses cuisines en formica, ses réclames imagées et ses jupons gonflants sous les jupes des dames, avec en point de mire, l’univers des films d’Hitchcock.

Une dégradation inexorable

Élodie Menant met en scène La Peur de Stefan ZweigDès le début de la pièce, le décor petit bourgeois enferme les personnages et nous met mal à l’aise, comme s’il ne correspondait pas aux paroles échangées et à l’apparente tranquillité du couple. Malgré leur réussite sociale, Fritz et Irène vivent dans la promiscuité de pièces exigües qui évoque un horizon limité, routinier et une situation d’étouffement que renforce la rigidité des points de vue de Fritz. Jouant avec l’étroitesse du plateau, la scénographie est constituée d’un décor astucieux. Des panneaux tournants nous conduisent de l’intérieur vers l’extérieur, du salon à la cuisine ou sur le balcon. Le chantage d’Elsa et la montée en puissance de la peur d’Irène viennent souffler un vent de total désordre et se répercute dans le décor lui-même qui devient vivant et inquiétant.

Elsa semble camper dans la tête d’Irène comme une hallucination créée par sa peur et sa culpabilité. Elle surgit, avec ses regards en coin et ses silences prolongés, des points d’ombre du décor et comme née des fissures de l’esprit d’Irène. Emprisonnée à l’intérieur d’elle même, le personnage d’Elsa renvoie Irène de façon irrationnelle à la peur des sorcières de son enfance. En choisissant de laisser les pensées d’Irène s’incarner sur le plateau, Élodie Menant entrelace aussi les temporalités. Car on la voit sur le plateau vivre et penser en même temps : elle peut discuter avec son mari tout en se souvenant d’une rencontre avec Elsa ou en revivant un souvenir personnel.

Est-elle véritablement folle comme le suggère Fritz ? Est-elle sujette à des hallucinations ? Ici distillée aux goutte-à-goutte, la peur met à jour les béances. Elle mine le quotidien de ce couple bien sous tous rapports, et chaque action devient sujette à caution.

Au-delà de la pièce, se profile la silhouette de Zweig. Selon son habitude, il nous renvoie, dans une démonstration impeccable, à l’ambiguïté des sentiments humains qui ouvrent toujours sur le doute et le paradoxe, sans jamais répondre à l’absolu qui nous habite. Pour lui, la pitié est dangereuse et toute vérité naît la plupart du temps d’un inévitable mensonge.

La Peur
De Stefan Zweig
Mise en scène et adaptation : Élodie Menant
Avec : Hélène Degy, Aliocha Itovich , Ophélie Marsaud
Décor : Olivier Defrocourt
Costumes : Cécile Choumiloff
Lumières Olivier Drouot
Durée : 1 h 10

Crédit photo : Olivier Brajon

Jusqu’au 26 février au Théâtre Michel

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