Théâtrorama

Eduardo De Filippo au théâtre de l’Athénée

Eduardo De Filippo - Dolore Sotto Chiave
© Salvatore Pastore

Eduardo De Filippo en deux pièces – Il n’y aura pas de troisième acte. Dolore sotto chiave (Douleur sous clé) et Pericolosamente (Dangereusement), les deux pièces d’Eduardo De Filippo au programme sont relativement courtes. Heureusement, les applaudissements ne manquent pas pour prolonger le spectacle.

La mort rôde sur le plateau. Deux cercueils font face aux spectateurs et c’est le fossoyeur qui le premier prend la parole. Le prologue est de Pirandello et il nous met en garde. Il n’y a qu’un pas entre la tragédie et la comédie, une question de distance et de temps et c’est plutôt vers la farce que nous emmène le metteur en scène Francesco Saponero. Un architecte soucieux de la santé de sa femme convalescente depuis plus d’un an découvre qu’elle est morte… Sa sœur craignant pour sa vie lui cachait l’enterrement et entretenait le souvenir d’une femme aimée. La situation est extravagante, l’heure est grave et il est difficile de ne pas rire. Les impossibles rebondissements sont savoureux et il serait difficile de résumer succinctement ces deux pièces pourtant brèves.

Eduardo De Filippo, la comédie continue

Un Italien de retour d’Amérique est invité par son ami d’enfance à dîner et rencontrer sa femme. Il est le témoin impuissant de scènes de ménage qui se terminent par balles… Les coups de théâtre se succèdent et le quotidien de ces deux pièces n’a rien d’ordinaire. Nous sommes à des moments de bascule : où l’on apprend la vérité, où une histoire intime devient publique. Dolore sotto chiave comme Pericolosamente sont des pièces d’un théâtre populaire où l’on retrouve tous les personnages-types : le mari débonnaire, la maîtresse enceinte, la femme acariâtre, l’ami de passage naïf ou le voisin de bonne volonté. Il n’y a pas de second rôle, et la performance du trio d’acteur est à saluer. On ne saurait dire qui tient le mieux son rôle tant Tony Laudadio tient l’homme de la maison, tant Luciano Saltarelli excelle dans les caractères féminins et tant Giampiero Schiano parvient à se rendre mémorable dans des apparitions qui tiennent de la pantomime.

Le parler napolitain, le dialecte très rapide donne au spectacle un rythme et une énergie qui rappelle la Commedia dell’arte. On reconnaît les personnages à leurs intonations, on peut se raccrocher à leurs gestes. Le rythme est endiablé et les pièces alternent des moments de franche hilarité avec des instants aussi profonds qu’involontaires. Que se cache-t-il derrière les conventions, les formules toutes faites ? L’écriture ironise sur ces vies de famille, sur le confort du ménage mais le jeu rend les personnages touchants. On s’attache à ces moments de vie quand bien même les résolutions de ces pièces restent suspendues. L’humour est noir, le ton est pessimiste mais jamais tragique. On ne sait jamais à quoi s’attendre avec la mort et sans doute la comédie continue après avoir quitté la salle.

Dolore Sotto Chiave // Pericolosamente
Textes : Eduardo De Filippo, Luigi Pirandello
Mise en scène : Francesco Saponaro
Assistance à la mise en scène : Giovanni Merano
Avec Tony Laudadio, Luciano Saltarelli, Giampiero Schiano
Scénographie et costumes : Lino Fiorito
Lumières : Cesare Accetta
Son : Daghi Rondanini
Durée : 1h15

Crédit photo : Attlio Ulisse

Vu au Théâtre de l’Athénée

 

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