Théâtrorama

Si elle avait vécu, le 4 Avril 2014, Marguerite Duras aurait 100 ans. On a du mal à imaginer en centenaire cette éternelle jeune fille, elle, qui continue à nous parler à travers les mots de ses livres, ceux de ses notes et de ses carnets, ceux enregistrés de cette voix rocailleuse qui n’appartient qu’à elle.

Claire Deluca a créé les premières pièces de Duras ( » Eaux et Forêts »  » La Shaga »  » La musica » …). Proche de l’auteur, elle se souvient que les textes s’écrivaient en même temps qu’elle travaillait sur le plateau. Avec la complicité de Jean-Marie Lehec, la comédienne a adapté des extraits de ces textes moins connus de Duras. Procédant par rapprochements thématiques, travaillant sur le rythme des phrases, les assonances, les deux comédiens font résonner la langue durassienne sur le petit plateau du Théâtre de Poche de Montparnasse.

Un homme et une femme se rencontrent. On pourrait croire qu’ils ne sont que deux, mais, en fait, ils sont multiples. Ils parlent et leur parole les entraîne et nous avec eux, dans les méandres de mondes qui se construisent au fil de leurs mots. À un mètre des comédiens, le spectateur devient le témoin involontaire d’une conversation qui ne lui est pas destinée et qu’il surprendrait assis dans un jardin ou à la terrasse d’un café. L’univers nous fait parfois penser à Ionesco ou à Beckett.
 » Qu’est-ce qu’ont [tous ces gens] en commun ? disait Marguerite Duras, une certaine folie, (…), une gaieté essentielle, un pessimisme très joyeux, un pessimisme qui a le fou rire… ».
Marguerite Duras souhaitait toujours approcher l’indicible, presque à la limite des mots en demandant aux acteurs d’aller juste vers  » une extrême simplicité », en toute liberté et dans le rire. Claire Deluca et Jean-Marie Lehec poussent, avec gourmandise, les mots de ces histoires en s’amusant beaucoup, donnant l’impression qu’ils ne savent pas bien où tout cela les mènera.

Dans cette « vie qui va », nous semblons loin des tourments de la mère dans « Un barrage contre le Pacifique  » ou des rapports ambigus des personnages de « L’amant » ou « Eden Cinéma ». On a juste l’impression de suivre l’écrivain qui, stylo en main, rêvait autour des mots en prenant des notes dans ses carnets.
Claire Deluca, fragile et élégante, respire le texte de Duras. Elle en connaît les moindres inflexions et les plus petites ruptures. Face à elle, Jean-Marie Lehec, plus massif et en apparence plus maladroit, laisse entrevoir les déchirures et les fractures qui se cachent sous un humour de bon aloi.
À la limite de l’absurde, ces personnages racontent, à leur manière,la solitude, l’amour, la folie dans son innocence, la fêlure à peine exprimée…, autant de thèmes propres à l’univers durassien, traités ici avec drôlerie et humour par deux comédiens chaleureux.
Une pépite à découvrir et à ne pas laisser passer au Théâtre de Poche du Montparnasse à Paris.

DURAS, LA VIE QUI VA
Création originale
Textes : Marguerite DURAS
Adaptation, Interprétation et Mise en scène : Claire DELUCA & Jean-Marie LEHEC
Scénographie, créations lumière et son : Carlos Perez

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