Théâtrorama

« Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. (…) Les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession (…) jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront sans maison et sans toit… »

Affirmation d’un candidat à la Présidence de la République ? De gauche sans doute?
Non. Extraits d’un discours de Thomas Jefferson, troisième président des États-Unis en 1802. La crise, les banques, la finance …Tout un vocabulaire qui parle aussi d’aujourd’hui. »D’un retournement l’autre » est une pièce sur la crise financière actuelle et Frédéric Lordon, son auteur sait de quoi il parle. Comme directeur de recherches au CNRS et chercheur au Centre de Sociologie Européenne, il a beaucoup écrit sur la question. Il met ici cette connaissance sérieuse au service du théâtre pour décortiquer en alexandrins les rouages de la crise financière actuelle.

Mis en espace par Luc Clémentin, le texte se veut une sorte une réflexion décalée et pleine d’humour irrévérencieux sur la collusion des financiers et des politiques. Réunis, dans une sorte de confrérie secrète, des banquiers, des hommes d’affaires, le président actuel de la France, son premier ministre et ses conseillers se rencontrent. Vêtus d’un costume cravate, mais avec un bermuda en guise de pantalon, avec aux pieds des chaussettes fantaisistes et chaussés pour certains de baskets dorés, tous ces messieurs ridicules et totalement cyniques, semblent interchangeables. Ce sont des voix qui ne parlent pas d’eux mais décrivent leur position de banquier, de trader ou de président de la République.

…en alexandrins
Et cette crise incompréhensible dans le monde réel, racontée ici en alexandrins, devient plus claire et nous faisant rire, se fait tout à coup moins lourde à porter. Dans une mise en espace sans prétention, mais qui fait ressortir les rivalités et les coalitions, Loridon et Clémentin nous racontent le maintien d’un système qui devrait s’effondrer s’il n’était soutenu par des politiques à sa dévotion.

Loin de la pompe de Bossuet ou de la tragédie racinienne, raconter cette histoire en alexandrins permet de créer un télescopage qui oppose le raffinement du grand siècle à la vulgarité d’un certain capitalisme.

La crise devient une cuisine pas toujours ragoûtante que les comédiens nous invitent à partager avec jubilation. Pour tous les gouvernés que nous sommes, pour ne pas en pleurer, il ne nous reste que le parti d’en rire, avec la dérision comme arme de tout dernier recours « avant peut-être de se retourner brutalement et d’en venir aux pavés »…

[note_box]D’un retournement l’autre
De Frédéric LORDON
Mise en espace : Luc CLÉMENTIN
Musicien : Sébastien Jarousse
Avec Jean de Coninck, Roland Gervet, Renaud Danner, Simon Bellahsen, Ronan Porhel, Loïc Risser, Olivier Horeau, Serge Peyrat, Guy Cambreleng[/note_box]

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  1. > Mis en espace par Luc Clémentin
    Heu… ça ne serait pas plutôt Judith Bernard?

    Isaac / Répondre
    • Non pas pour cette mise en espace-ci. C’est bien Luc Clémentin qui l’a fait. Merci de votre commentaire. Cordialement DT

      Dany Toubiana / Répondre (en réponse à Isaac)

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