Théâtrorama

 » Où donc est tombée ma jeunesse ? » C’est sous ce titre offert par le poète Guillaume Apollinaire que Jean-Luc Revol convoque et met en scène les poètes qui ont raconté la Grande Guerre.

Quinze poèmes issus de l’anthologie de Jacques Béal, journaliste et écrivain picard portés par la voix chaleureuse de Tchéky Karyo, deux jeunes musiciens et un ténor anglais. Il y avait comme un parfum du passé dans ce spectacle puisque la Comédie de Picardie, à Amiens, où il se déroulait, est un ancien restaurant où se réunissaient les officiers anglais pendant la Grande Guerre.

Le gris de la Ligne Bleue des Vosges
En fond la toile peinte d’une plaine sans fin, grise, sur laquelle une lumière crépusculaire vient réveiller les fantômes. Il apparaît en fond de scène, dans la tenue bleu – horizon des soldats de 14. Immobile, il se pose sur la scène comme une apparition surgie du temps, comme un questionnement peut-être…

Par opposition, face à lui, toujours en mouvement, témoin d’aujourd’hui pour raconter hier, entre narration et incantation, Tchéky Karyo dit avec des mots l’indicible de la guerre. Plutôt que d’exalter le patriotisme, la gloire guerrière et la haine de l’ennemi, sont racontés le quotidien des tranchées, la boue, l’incessant face à face avec la mort. Les mots de Rostand, Eluard, Apollinaire, Duhamel pour ne citer que les plus connus, s’enchaînent à des musiques qui traduisent une époque. Même si le choix musical nous semble un peu uniforme et tire parfois le spectacle vers la commémoration, Edmund Hastings, dans son uniforme de soldat de 14, est jeune comme l’étaient ceux de la guerre. Accompagné par des musiciens tout aussi jeunes que lui, sa voix de ténor émouvante vient réveiller les espoirs déçus et les vies brisées.

Loin de la  » guerre fraîche et joyeuse » qui était promise, le poète versifie le prosaïque. Le cadavre en décomposition, la soupe, le vin, la gnôle, le bruit mou d’une poitrine qui éclate. La guerre a ses couleurs, celles de fusées qui montent dans le ciel, ses odeurs aussi, celles de la putréfaction des tranchées et des jouissances de l’arrière.

Des noms comme Chemin des Dames, Verdun… auraient pu évoquer une campagne française tranquille, la légèreté de l’été, la brise à travers les peupliers…Depuis, le gris s’est intercalé dans le ciel de ce mois d’août 1914 et pour nous, cette époque est à jamais colorisée de gris. Mais, il peut nous rappeler aussi qu’on a toujours une bonne raison de rester vivant.

Où donc est tombée ma jeunesse ?
Poètes de la grande guerre
(Extraits Anthologie de Jacques Béal (Le Cherche Midi, éditeur)
Mise en scène : Jean-Luc Revol
Avec Tchéky Karyo
Ténor : Edmund Hastings
Piano : Edward Liddall
Violon : Michael Foyle
Crédit photo: Ludo Leleu

Spectacle créé et vu à la Comédie de Picardie- Amiens
Tournée
Albert : Dimanche 23 Novembre à 15 h – Théâtre du Jeu de Paume (03 22 74 37 00)
Paris : Lundi 24 et Mardi 25 Novembre à 20 h 30 -Théâtre Daunou ( 01 42 61 69 14)
Abbeville : Jeudi 27 Novembre (03 22 20 26 80)
Mai 2015 : Festival de Brighton et Institut Français de Londres

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