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Djihad, une pièce nécessaire

Djihad d’Ismaël Saidi au Palais des GlacesDjihad se joue actuellement au Palais des Glaces. Pour se rendre au théâtre, on passe en marchant devant « le Petit Cambodge », « le Carillon ». Et puis on arrive enfin au théâtre qui se trouve à deux pas du bar « à la Bonne Bière ». Autant dire que dans ces conditions, aller voir un spectacle qui parle de l’embrigadement de jeunes dans la sphère djihadiste réactive de bien mauvaises ondes. Il faut saluer le choix courageux de programmer cette pièce dans un théâtre entouré de tels lieux. C’est comme une volonté réparatrice. C’est surtout la possibilité de passer au-delà du récit que ces assassinats ont voulu nous imposer.

Cette pièce fait du bien, car ce sont les jeunes qui ont la parole, qui expriment sous une forme tragi-comique l’embrigadement de trois personnes, qui pour des raisons diverses ont choisi de rejoindre le « djihad ». Les contrepoints fonctionnent plutôt bien, et on ne tombe jamais ni dans le larmoyant, ni dans le comique de mauvais aloi. L’effet recherché est atteint : nous faire éprouver de l’empathie pour ces trois jeunes qui pourraient être nos enfants, nos amis, nos frères. À mesure que l’histoire avance, on découvre leur intimité, leurs rêves déçus, leurs désirs de transcendance, d’aventure, leur désir, en somme, d’être vivants…

Djihad en direct

Djihad d’Ismaël Saidi au Palais des GlacesLes jeunes acteurs sont émouvants, engagés, ils donnent beaucoup de leur personne, ce qui nous les attache profondément. On ne juge plus, on écoute, on rit parfois, pas trop fort tant le sujet est sensible. On est ému aussi. On s’écoute, on se parle, ça fait du bien.

Et peu à peu la pièce rappelle d’autres réalités, celles de problèmes profondément enracinés dans les banlieues et dans la société en général : incapacité des anciens pays coloniaux à assumer leur passé, désœuvrement, chômage longue durée, racisme systémique… C’est alors l’occasion de passer au-delà d’un autre récit – celui des médias privés – qui présente systématiquement les banlieues et les jeunes issus de l’immigration sous un jour défavorable.

Le message est clair : tous ces problèmes ne seront dépassés que si tout le monde s’y met, que si chacun prend sur soi de ne pas céder à la violence qui le guette. La violence, dans de nombreux cas, est une solution de facilité qui ne mène qu’à l’aggravation des problèmes. Alors, au-delà des clichés et des idées toutes faites véhiculées par les médias et confortées par la paresse et l’habitude, il faut travailler à voir en l’autre l’humain, le frère…

Le message est un peu moral certes, mais après tout pourquoi pas ? Nous en sommes là, et la pièce fonctionne, donnant la preuve que le dialogue est bien plus aisé que nous le pensons. Après avoir vu ce beau spectacle, on peut repartir avec l’idée qu’il n’y a aucune raison que ces problèmes de société – qui nous concernent tous – ne soient pas un jour dépassés. La pièce possède cette belle vertu de changer notre regard et de nous inviter au travail.

Djihad
Texte et mise en scène : Ismaël Saidi
Avec en alternance : Ismaël Saidi, Adel Djemai, Florian Chauvet et Helmi Dridi, Faycal Safi, Slimane Yefsah, Shark Carrera, Reda Chebchoubi, Théo Askolovitch, Marc Allal, Tigran Mekhitarian
Produit par Aviscène
Durée : 1h40

Au Palais des Glaces jusqu’au 29 avril (relâche le 05/04), du mercredi au samedi à 19h00

 

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