Théâtrorama

Dieudonné Niangouna à la mise en scène

L’histoire délirante d’une folle dictature – « Antoine m’a vendu son destin » pièce écrite par Sony Labou Tansi, dans les années 80 raconte l’histoire loufoque d’un complot. Le Prince Antoine et ses inconditionnels craignent un coup d’état. Pour parer au pire, les généraux Riforoni et Moroni établissent un faux coup d’état qui a pour but de démasquer les vrais comploteurs. Publiquement conspué et déchu, Antoine se retrouve enfermé, avec son « autorisation » dans la prison de Bracara avec sa mère Ferucciani, son garde du corps et son amante Yoko-Ayélé pour attendre que la tempête s’éloigne, mais tout échappe aux faux comploteurs. Antoine n’a plus qu’à s’accoutumer à la prison… Le peuple, lui, va en décider autrement et réclamer le retour d’Antoine…Malgré les interventions de délégations, gouvernementales, diplomatiques, amis et adversaires, rien n’y fait , Antoine préfère ses longues méditations dans la prison et refuse de revenir au pouvoir. Il rêve un autre rêve qu’il essaie de partager avec les autres prisonniers de cette prison de fous qui chante et qui danse…

Une autre interrogation de l’espace théâtral

Dieudonné Niangouna a découvert très jeune l’oeuvre et l’engagement de Labou Tansi dans les rues de Brazzaville. Le théâtre qu’il défend, avec cette immense générosité qui le caractérise, recèle les mêmes dénonciations, les mêmes vertiges et font de lui le digne héritier de Labou Tansi. Pourtant, il a attendu vingt ans avant d’oser s’emparer de ce texte, après avoir fait ses preuves à la fois comme dramaturge, comédien et comme metteur en scène. Il y associe son propre texte « Sony chez les chiens » comme un écho à la  » tragique part de l’histoire actuelle que traverse le monde ». Accompagnée de Diariétou Keita, alter ego au féminin, aussi puissante que lui par la présence et la voix, Dieudonné Niangouna secoue à son tour nos léthargies et remet en question l’espace théâtral lui-même pour y faire naître de nouvelles formes de pensées.

Il y a tout d’abord le dispositif d’une scène habitée par le public autour et par une sorte de cage en son centre qui figure à la fois la prison d’Antoine et le tombeau de Sony. En représentant la parole de Sony par des copies de ses textes qu’il distribue aux spectateurs il les rend témoins de l’histoire, et met cette parole physiquement au centre du plateau. Il en fait le creuset dans lequel il fait circuler ses propres interrogations. Vingt ans après Sony, il souligne les maux causés par une ditacture actuelle qui n’en finit pas. Situé au centre du dispositif scénique, transformé en espace d’interrogation, les deux acteurs interpellent le public, dans un jeu articulé autour d’un langage qui fait l’aller et retour entre les personnages du texte de Labou Tansi et les paroles de Niangouna. « Nous parlons parce que tu l’as fait », affirme Niangouna. Dans cette circulation de la parole entre hier et aujourd’hui, l’acteur/metteur en scène s’inscrit délibérément dans la tradition des rituels de guérison qu’on retrouve dans la cosmognie Kongo. Au-delà de la mort, les poètes continuent de rire et de dialoguer pour « témoigner de la beauté du vivant sur la terre des hommes et des chiens ».

Dieudonné Niangouna et Sony Labou Tansi à la Colline

Niangouna qui se caractérise souvent par des coups de gueule et une voix qui monte dans les aigus est magnifique ici de sobriété et de retenue. Il se met humblement dans les pas de son aîné pour lui offrir à la fois sa dévotion et sa reconnaissance. Il le reconnaît aussi comme son père spirituel et lui dédie son œuvre. La fin de la pièce est un rituel de danse traditionnelle sans paroles. Les masques et les objets sacrés qui constituent le décor ont été éparpillés sur la scène comme un hommage à une forme de transcendance qui permet de rester vivant par-delà les drames et le sang versé. Exhumer l’oeuvre du grand aîné et continuer à l’interroger avec ses propres mots c’est juste continuer, affirme Niangouna, pour ne pas mourir car « l’écriture est la plus belle sorcellerie de la naissance des choses » qui permet au poète de disparaître dans le verbe et « de continuer d’occuper le village de la parole dans l’écoulement du fleuve Kongo ».

Antoine m’a vendu son destin/Sony chez les chiens
De Sony Labou Tansi & Dieudonné Niangouna
Mise en scène : Dieudonné Niangouna
Scénographie : Jean-Christophe Lanquetin assisté de Papythio Matoudidi
Dramaturgie : Hermine Yollo
Avec Diariétou Keita et Dieudonné Niangouna
Son : Pierre-Jean Rigal dit Pidj
Lumières : Laurent Vergnaud
Costumes : Alvie Bitémo
Crédit photos: Christophe Raynaud de Lage

Vu au Petit Théâtre de La Colline

Tournée en prévision

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