Théâtrorama

Adapter sans trahir

« Urgences » et « Faits divers », deux films, du photographe et documentariste Raymond Depardon, qui ont fait date. Le premier faisait découvrir le service des urgences psychiatriques de l’Hôtel-Dieu de Paris, qui reçoit à toute heure les rejetés et les fracassés de la vie. Le second était un reportage, en direct, sur la vie quotidienne des gardiens de la paix du 5e arrondissement de Paris. L’actrice, réalisatrice et comédienne Zabou Breitman a entremêlé ces deux récits pour créer la pièce « Des gens ». Mais comment transposer sur les planches tout le génie de Depardon, qui pénètre l’intimité des personnes sans les rendre ridicule ? Et quel ton prendre pour ne pas parodier ces tranches de folie ordinaire ?

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L’ombre de Depardon
Quand le spectateur entre dans la salle, la pièce semble déjà se jouer. Zabou Breitman, son complice, Marc Citti, et deux assistants, traversent la scène, ramassent des documents, déplacent des bouts de décor ; puis, c’est la plongée dans le noir pour laisser la place aux bruits : bribes de phrases, sirènes, cris des malades, pas qui résonnent dans les couloirs… On entre doucement dans l’histoire à la lueur d’une bougie. Celle-ci éclaire les visages d’un couple démuni, qui vit comme il peut dans un misérable appartement. L’homme et la femme parlent de leur malheur, avec des mots simples, sous l’œil d’une caméra. Une voix off les interroge, celle d’un reporter : Depardon. L’empreinte du réalisateur est présente tout au long du spectacle. Son ombre file sur les murs, les personnages regardent et s’adressent à cet homme, invisible à nos yeux…

Une empathie partagée
Mettre en scène un documentaire est une idée plutôt surprenante, et il fallait le talent d’une Zabou Breitman pour nous convaincre que cela était possible. Le phrasé, les soupirs, les hésitations, rendent les dialogues particuliers. À les entendre, on s’interroge sur la part d’improvisation des acteurs. Il n’en est rien. Le texte reprend à la virgule près les mots des personnes suivies par Raymond Depardon, quelques années auparavant. Un véritable travail d’orfèvre (y compris dans la mise en scène faussement simple) qui rend palpable le désarroi et la détresse de tous ces êtres simples et décalés. Elles sont drôles et cruelles ces histoires courtes ! Et, à l’image de Raymond Depardon, Zabou Breitman parvient à révéler l’humanité de ces « gens » que l’on ignore et que l’on fuit. Le duo Citti-Breitman fait une interprétation remarquable. Les comédiens deviennent tour à tour médecins, malades ou policiers avec une facilité confondante. Jeux de miroirs, entre la folie, l’indigence et la rationalité, renvoyé aux spectateurs à l’aide de cette grande glace, qui parfois pivote pour nous renvoyer notre image. L’empathie de la Zabou Breitman pour ces petites gens résonne au fond ce chacun d’entre nous. Un moment rare de théâtre !

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Des gens
Pièce d’après les documentaires de Raymond Depardon
Avec Zabou Breitman, Marc Citti
Mise en scène de Zabou Breitman
Collaboration artistique de Marjolaine Aïzpiri
Espace, lumière et vidéo de Pierre Nouvel
Du 2 mai au 28 juin 2009
Du mardi au samedi à 21h, et le dimanche à 15h.

Au Petit Montparnasse
31 rue de la Gaîté, 75014 Paris
http://www.theatremontparnasse.com/
Réservations : 01 43 22 77 74
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