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Derniers remords avant l’oubli mis en scène par Vincent Marbeau

Derniers remords avant l’oubli mis en scène par Vincent MarbeauDerniers remords avant l’oubli – C’est la fin de l’amour, il reste la maison. C’est tout le problème de Derniers remords avant l’oubli. Ils étaient trois, se sont aimés puis séparés. Ils ont continué à vivre, Paul et Hélène se sont mariés, sont partis chacun de leur coté et Pierre est resté dans cette maison de campagne. Une résidence secondaire où les deux autres ne mettent plus les pieds et qu’ils désirent vendre au début de la pièce. Il y a quelque chose dans l’écriture de Lagarce de la chronique d’une époque, de l’observation acharnée de la vie intime.

La maison. Le metteur en scène parvient à la matérialiser entre les quatre murs de la salle. Nous sommes dans un huis clos dont on ne peut espérer sortir facilement. L’étroitesse du plateau et la proximité avec le spectateur deviennent des atouts. Les entrées et sorties des acteurs sont limitées, elles passent par la travée, la coulisse mais l’espace ne cache rien. Tout cela implique une façon de jouer sur les plans, quand les uns parlent, les autres se figent. La pièce se déroule moins dans l’espace que dans le temps. Le texte le suggère, on avance, on recule mais les discussions sont simultanées. Le spectateur peut voir cette même journée sous différents angles et comprendre ce qui se joue, comprendre les rapports entre les personnages.

Derniers remords avant l’oubli, huis clos étouffant

Derniers remords avant l’oubli mis en scène par Vincent MarbeauLe foyer finit par avoir quelque chose d’étouffant. Malgré le canapé, la bouteille ouverte, les verres sur la table et tous les signes de convivialité quelque chose ne fonctionne pas. Tous les éléments de langage sont là, « enchanté », « je suis heureux de te revoir » mais ils fonctionnent à vide. Lagarce s’attache à déconstruire cette langue là, à montrer ce qu’elle révèle. La mécanique du texte est subtile, parfois une musique maladroite la dérègle. Derrière la politesse, le malaise et des sentiments qui ne sont pas formulés sont palpables ; C’est aux acteurs de laisser voir entre les lignes de laisser affleurer l’intime. La distribution ne conçoit pas de seconds rôles : les époux et épouses tiennent leurs rangs, même la gamine doit garder la tête haute.

Il n’est pas aisé de faire confiance au texte de Lagarce, à sa langue si particulière. Prise une à une, les phrases n’ont rien d’extraordinaires. C’est leur enchainement qui donne à voir des personnages torturés entre les conventions et leurs sentiments. Les relations humaines telles qu’elles sont ici exprimées ont quelque chose de profondément vrai en même temps que très théâtrale : toute la difficulté est de ne pas surjouer, de laisser le spectateur combler les manques. Ce qui fait le drame de cette pièce, c’est que le déchirement n’a rien de spectaculaire puisque avant l’oubli. Paradoxalement c’est ce qui la rend mémorable et fait tout le mérite de cette fidèle adaptation de Derniers remords avant l’oubli.

Derniers remords avant l’oubli
Texte : Jean-Luc Lagarce
Mise en scène : Vincent Marbeau
Assistante mise en scène : Lydie Rigaud
Musique : Joao G. Gracio
Avec Vincent Marbeau, Séverine Saillet, Michael Mshihid, Laura Lascourrèges, Jean-Marc Dethorey/Bruno Forget, Antoine/Camille Timmerman.

Durée : 1 h 20

Crédit photos : P. Bussy

Jusqu’au 26 novembre 2016, les vendredis et samedis à 20h au Théâtre Le Brady

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