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Danza macabra mis en scène par Luca Ronconi

Danza macabra mis en scène par Luca RonconiDanza Macabra, en français La danse de mort, est l’adaptation italienne d’une pièce de Strindberg. Un couple s’apprête à fêter ses vingt-cinq ans de mariage, les noces d’argent, et le vieil ami, qui a fait les présentations et a même béni cette union par le mariage, vient leur rendre visite. En fait de réjouissances, c’est un jeu de massacre qui commence…

Quand le rideau se lève, nous savons que nous sommes au bord du monde. Le phare, première image de salle, n’éclaire plus. L’action se passe sur une petite île, dans une maison aux grands murs, étouffante. Si l’on devine des ouvertures, elles sont bouchées et la lumière est maigre. Alice et Le Capitaine vivent en reclus. Pour aller à la ville il faut traverser la mer, mais ils y vont rarement. Seuls contre le monde entier, ils méprisent leurs voisins et n’ont pas plus d’estime pour leur couple. En lutte contre eux-mêmes; ils chérissent la contradiction comme un moyen de rester vivant. Quand bien même ils ne s’adressent la parole que pour échanger des paroles amères, ils ne peuvent garder le silence.

Danza macabra, mise à mort du couple

La situation a quelque chose d’absurde. Dans un encombrant décor bourgeois, les personnages évoluent comme ils peuvent en se frayant un chemin à travers les meubles. Le piano désaccordé et les lourds fauteuils sont soumis au roulis quotidien : à la fois obstacles et vestiges d’un faste passé. Les époux désargentés maintiennent les apparences avec presque rien. Chaque jour Le Capitaine défile dans son superbe costume de parade et Alice se farde, et s’emperruque pour faire le ménage. Ce sont des habitudes qui tiennent à la manie. Les insultes sont des mots d’amour et les disputes se succèdent comme un moyen de gagner du temps ou en tous cas de s’occuper. Seules les communications du télégraphe rompent l’ordre des choses.

Danza macabra mis en scène par Luca Ronconi

La possibilité du divorce est sans cesse évoquée, mais comme un rituel dans la dispute. Elle est actrice et lui militaire, ils partagent un même champ de bataille. Elle est sortie de scène mais n’a pas renoncé ; il n’est jamais devenu major mais il est toujours aussi pugnace. C’est un théâtre domestique avec ses aspects aussi bien comiques que tragiques. La préoccupation du temps et du vieillissement est centrale. Adriana Asti et Giorgio Ferrara excellent sur les planches à rendre les petitesses de ce terrible duo. Les piques sont chargées d’humour, les haines se consomment froides dans un calme troublant, jusqu’à l’arrivée de Kurt qui donne des convulsions au Capitaine.

Danza macabra mis en scène par Luca Ronconi

Tout est tendu de noir, le couple prépare son deuil; chacun attendant de l’autre qu’il meurt en premier. Ils sont à ce stade où, déjà mort socialement, ils n’existent qu’à la marge. C’est pour leur vieil ami qu’ils vont reprendre la comédie. L’argent, les enfants, tout est sujet de scène de ménage : il n’y a pas d’amour dans ce mariage conçu comme une alliance sociale. Kurt a été nommé sur l’île pour des raisons professionnelles : son arrivée agit comme un révélateur. Sans ce troisième personnage, il n’y aurait pas de pièce, le couple resterait dans son ennui mortifère. La façon dont le Capitaine et Alice rivalisent de ruses pour s’accaparer le visiteur renvoie à l’image des vampires. Ils sont prêts à tout pour attirer son attention et se déchirent pour mieux se jeter, littéralement, à son cou.

Le metteur en scène Luca Ronconi orchestre avec brio une danse de mort où les personnages se débattent pour exister. Sans aucun doute, les acteurs sont mémorables mais l’on se rappellera surtout que derrière un salon bien rangé peut se cacher un théâtre d’humour et de cruauté.

Danza macabra
Texte : August Strindberg
Traduction et adaptation : Roberto Alongo
Mise en scène : Luca Ronconi
Avec Adriana Asti, Giorgio Ferrara, Giovanni Crippa
Scénographie : Marco Rossi
Costumes : Maurizio Galante
Lumières : A.J Weissbard
Son : Hubert Westkamper
Crédit photos : Luigi Laselva

Vu au Théâtre de l’Athénée – Louis Jouvet

 

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