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La Beauté contemporaine au festival Etrange Cargo

Contempler La Beauté contemporaine avec Yves-Noël GenodPar son titre ambitieux, La Beauté contemporaine pourrait se voir comme un manifeste. La seconde partie de La spirale du temps perdu a en effet tout d’une expérience radicale. Yves Noël Genod se fait moins bavard ; il conclut entre les lignes son hommage à Proust par un travail de mise en scène toujours à propos.

De l’oeuvre de Marcel Proust à proprement parler on n’entendra qu’un court extrait, certes particulièrement bien choisi, certes lu au bon moment. Le caractère proustien de La Beauté contemporaine est pourtant indéniable. Au delà des mots, Yves-Noël Genod invite le spectateur à faire l’expérience du temps et propose des instants de beauté. Avec Philippe Gladieux et Iannis Japiot, le metteur en scène travaille la lumière comme une matière révélatrice. Il s’agit d’éclairer au sens propre comme au sens figuré des acteurs, une scène mais surtout des lecteurs. Sur le moment, un geste peut passer inaperçu, une action paraître banale. Il faut suspendre le temps pour prêter attention aux choses. De la même manière que La Recherche prête l’oreille au moindre souffle, le spectacle concentre tous les regards sur ces “riens”.

Jeunes filles en fleurs et garçons graciles

Si le bouquet relève d’un art, l’exercice de la distribution s’y apparente sans doute. Il est aussi délicat de composer avec les fleurs que de réunir sur scène les bons acteurs. Le théâtre d’Yves Noël Genod relève de l’invitation ; il laisse la place aux acteurs ou au texte de se déployer. Un garçon aux cheveux longs entame une plainte ou un poème dans une langue inconnue, une chanteuse noire, royale prend a capella la salle à partie. On sent entre le metteur en scène et les acteurs une confiance qui permet à chacun de donner le meilleur de lui même. Toutes les langues se mélangent sur le plateau et dessinent le portrait d’une jeunesse cosmopolite.

Voix de la Beauté contemporaine et corps de ballet

Ils sont toute une bande et on ne pense jamais à les compter. Ils se succèdent la plupart du temps sur le plateau, se croisant sans se rencontrer. Il n’y a que pour le dernier salut qu’ils apparaissent unis, mains dans la main. Il y a celui qui boxe dans le vide et puis celui qui danse pour lui même ; il y a ceux qui marchent emportés par des discussions passionnés et puis ceux qui s’embrassent sans pouvoir s’arrêter. Personnages sans noms, les acteurs incarnent des actions, des attitudes. En revenant par cycle, avec les mêmes gestes, ils induisent un rythme qui ménage l’apparition d’Albertine. Introduite par une citation de La Recherche lu par Yves-Noel Genod, la belle brune et sa combinaison fruitée attire les garçons et provoque chez tous un même mouvement de désir.

Voies sans issue et mouvement de balais

Contempler La beauté contemporaine avec Yves-Noël GenodVaste défilé, La Beauté contemporaine ne suit pas une narration mais sa propre logique. Peut-être commence-t-il avant l’entrée, quand le metteur en scène vient à la rencontre du public ? Peut-être se termine-t-il après la sortie, sous forme d’écume dans le caniveau ? La vie se mêle si bien au spectacle dans la proposition d’Yves-Noël Genod qu’il est difficile de dire. La Ménagerie de verre se prête bien à ce genre d’expérience. Les spectateurs entrent par la scène, sur le même plan de béton que l’acteur en slip noir qui pose là et ceux qui veulent sortir en cours de route doivent marcher parmi les acteurs et se confondre parmi leurs ombres.

Voie de garage, discothèque, le public se prête à toutes les suppositions, lumières crues et spots aux couleurs vives. Une machine à mousse inonde bientôt la salle et accule le spectateur au gradin. Faut-il applaudir les acteurs où les laisser balayer la scène comme au lendemain d’une soirée trop arrosé ? Le spectateur sort par les loges avec cette hésitation. On quitte la scène en se demandant de quoi on a été le témoin, décidé peut-être à devenir acteur lui-même.

La Beauté contemporaine
Mise en scène : Yves-Noël Genod
Avec : Aidan Büchi, Amanda Olingou, Arthur Beheregaray, Guy Marcel, Hugo Beheregaray, Lucille Bobet
Nine d’Urso, Pablo Saavedra de Decker, Roman Kané, Samantha Le Bas, Simon Espalieu, Sonia Bonny, Thomas Bouyou, Yuika Hokama, Zakaria Sedrati
Lumières : Philippe Gladieux et Iannis Japiot.
Crédit photos : Rémy Artiges

Vu dans le festival Etrange Cargo à la Ménagerie de verre

 

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