Théâtrorama

Colorature

Un festival de drôlerie et de talent délicatement mis en scène par Agnès Boury. Deux excellents comédiens mènent avec panache cette histoire de diva ratée qui s’équilibre à merveille entre humour et tendresse. Une incontestable réussite.

Ca commence un peu comme dans « Beau Père » de Bertrand Blier. Cosme Mac Moon, pianiste désœuvré, joue pour lui plus que pour les autres, peu amènes à apprécier la virtuosité de son toucher. Il alterne le fredonnement d’une chanson à lui et l’évocation de ses souvenirs. Florence Foster Jenkins revient à sa mémoire. Femme richissime ayant hérité de la colossale fortune de son époux, elle vaque de galas de bienfaisance en dîners de charité. Mais le bien qu’elle préfère encore dispenser, c’est celui de chanter pour ses convives. Or, malgré toute sa bonne volonté, son oreille parfaite et sa fortune qui semble pouvoir tout lui offrir, elle chante comme une bécasse, massacrant Mozart et torpillant Verdi aussi sûrement que les tympans de ses auditeurs. Les pianistes se sont succédés chez elle jusqu’au jour où elle rencontre ce brave Cosme qui, endetté, accepte de la suivre dans ses délires…

Quel magnifique personnage de théâtre que cette madame Jenkins !!! Mais comme la réalité pourvoit plus souvent qu’à son tour au bon fonctionnement de toute fiction, nous sommes ici en pleine histoire vraie ! Il n’en demeure pas moins que le travail collectif autour de ce spectacle mérite d’être amplement salué qu’il s’agisse des auteurs, des deux formidables comédiens et de l’extrême délicatesse de la mise en scène.

Une ode à la liberté
D’un sujet qui aurait pu n’être qu’un prétexte à des numéros vocaux hilarants mais fadement amalgamés, l’auteur a tissé un texte irrésistible de drôlerie et d’intelligence, brossant un portrait qui laisse poindre une intense complexité sous le vernis de la bonhomie un peu ridicule de cette brave cantatrice. On ne compte plus les répliques à prendre à double sens et qui provoquent des vagues de rires dans la salle. Cette dualité que l’on retrouve dans les plus profondes couches de ce personnage qui navigue entre vanité bourgeoise et innocence enfantine. La parfaite ingénue à la pureté de jouvencelle qui possède pourtant un trésor inestimable : la foi. Foi en son art mêlée à son incoercible besoin de donner. Cette noblesse d’âme saupoudrée de certitudes intangibles qui, in fine, se paye l’impayable : la liberté.

Les deux comédiens, Agnès Bove et Grégory Baquet sur la scène s’en donnent à c(h)oeur joie. Elégamment mis en scène par Agnès Boury, ils réussissent un authentique tour de force pour un spectacle dont la gravité n’est jamais très loin malgré les rafales de rires qu’il récolte. Ces duettistes autant que duellistes font vibrer dans un fracas d’émotion finement distribuées cette providentielle rencontre d’une vie où deux êtres s’apprivoisent, se soutiennent, s’accrochent à un idéal partagé, celui de l’amour de l’art. On en sort le sourire au coin des lèvres et la tête pleine de bonheur. Un vrai coup de cœur.

[note_box]Colorature
De Stephen Temperley
Texte français : Stéphane Laporte
Mise en scène : Agnès Boury
Avec Agnès Bove et Grégori Baquet
Lumière : Laurent Béal
Costumes : Eymeric François
Décor : Claude Plet[/note_box]

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